Incandescences/ Face à leur destin - Épisode 3 

Incandescences/ Face à leur destin – Épisode 3 

Texte & Mise en scène: Ahmed Madani

2012.  Face à leur destin”, Trilogie d’Ahmed Madani - Premier volet , “Illuminations”.  
2016. “F(l)ammes” racontait l’histoire d’une dizaine de jeunes femmes issues d’un terroir et non des quartiers sensibles comme elles le faisaient remarquer. Dans le sillage de ces deux pièces, “Incandescences” est le dernier chapitre de la trilogie et met en scène des garçons et des filles des quartiers populaires.          
  

Morceaux de vie et parole directe

Incandescences/ Face à leur destin - Épisode 3 
© Francois-louis athenas

Le plateau nu est le point commun des trois volets de “Face à leur destin” et convient parfaitement à ces spectacles écrits et mis en scène par Ahmed Madani. L’objectif de cette nouvelle aventure portée par le texte “Incandescences” créé en 2021, s’inscrit dans la dynamique des précédentes : “investir la scène (…) faire entendre la voix d’une jeunesse rarement entendue au théâtre, (…) amener d’autres corps, d’autres visages, d’autres histoires (…)” tel est le projetdu metteur en scène. 

Ces jeunes filles et ces jeunes hommes n’ont pas froid aux yeux, ils s’emparent du plateau avec jubilation et malice pour dire ce qui les unit, ce qui les sépare, ce qui les fragilise, ce qui leur donne la force de se tenir debout et d’avancer. Ils s’adressent à nous avec éloquence, fierté, drôlerie et élégance, dans une langue taillée sur mesure pour chacun d’eux. 
L’objectif de cette nouvelle aventure portée par le texte “Incandescences” créé en 2021, s’inscrit dans la dynamique des précédentes : “investir la scène (…) faire entendre la voix d’une jeunesse rarement entendue au théâtre, (…) amener d’autres corps, d’autres visages, d’autres histoires (…)” tel est le projetdu metteur en scène. 

Par son écriture et sa mise en scène ouverte et tout en mouvement, Ahmed Madani nous invite à découvrir une forme de sociologie poétique inédite où fiction et réalité s’entremêlent. Sans pudeur, tantôt légers, tantôt graves, les jeunes gens évoquent leur premier « je t’aime », leur premier baiser, leurs premiers émois d’amour.  À l’opposé des volets précédents qui réunissaient des jeunes gens du même sexe, celui-ci réunit les deux sexes.
Nés en France, ils possèdent cette liberté, cette aisance dans leurs rapports à la langue française et aux codes sociaux que ne possédaient pas leurs parents. Dans les deux premiers volets, même si les jeunes étaient nés en France, le rapport au pays d’origine était encore proche. Dans ce troisième volet, le pays continue d’exister dans la parole des parents et des grands-parents et même dans certains principes personnels, mais pour les jeunes, les références immédiates sont celles relatives à l’identité française, inscrite dans l’éducation de l’école et la relation sociale.   

Incandescences/ Face à leur destin - Épisode 3 
© Francois-louis athenas

Un autre rapport à l’ identité française 

La parole de ces jeunes gens prend la forme de solos, de dialogues qui bousculent les clichés, mais se traduit surtout dans le récit choral d’une génération déterminée à exister en dépit d’un monde qui aurait tendance à les confiner dans l’anonymat de leur cité. La plupart ont fréquenté le lycée ou l’université, ce qui ne les empêche pas d’être à l’aise avec les copains du quartier pour refaire le monde. Comme dans toute la trilogie, les morceaux de vie racontés sans faux fuyant se font dans une parole directe, dans un rapport d’immédiateté qui prend le public à témoin. Quelle est mon appartenance quand mes parents viennent d’ailleurs et sont issus d’une culture différente ?  Qu’est-ce qui relève de mon destin au-delà de la tragédie éventuellement vécue par ma famille ? Comment composer avec les traditions familiales, les modèles parentaux, les appartenances religieuses ou une couleur de peau différente ? Comment se vivent dans ces cadres les notions de masculin et de féminin voire de trans-genres ? Dans les volets précédents, ressortait davantage la position de ces parents venus d’ailleurs, cantonnés dans leur travail et incitant leurs enfants à ne pas attirer l’attention. Avec Incandescences, les enfants presque adultes prennent ici la parole directement pour se raconter, alliant la distanciation du réel et de l’imaginaire, de la langue et des situations” pour créer du symbolique”. 

Sans démonstration sociologique ou politique, la mise en scène s’appuie sur le mouvement, la musique dans une langue rigoureuse qui n’exclut pas la simplicité, le poétique et l’humour. La lumière joue subtilement avec les ombres et les pleins feux avec par intermittences des images projetées. Ici se recoupent des  événements historiques, la mémoire individuelle et collective, l’histoire familiale et nationale, sans oublier les récits autobiographiques, et mythologiques voire l’invention de scènes oniriques.  Loin des clichés réducteurs qui s’attachent “aux quartiers”, depuis 2012, Ahmed Madani, en donnant la parole aux jeunes eux-mêmes, a fini par faire émerger d’autres critères à l’insertion sociale, culturelle et au sentiment d’appartenance à la France. Ici se dessinent également  de nouveaux codes sur la transmission de rapports libres entre les hommes et les femmes. Toute la trilogie aborde bien des points de vues, mais portée par un immense éclat de rire d’où émergent bien des émotions. Le discours ici ne vise pas à la séduction ou à la justification. Multiples, opposés, différents dans leur expérience et en même temps identiques dans leurs rêves ou leurs désirs de liberté, au-delà du milieu culturel et des principes inscrits dans leur famille, ces jeunes affirment la liberté dans laquelle ils ont grandi y compris la liberté sexuelle.  Après 1 h 45 de spectacle, la standing ovation de la fin a été une magnifique réponse et des plus significatives.

Nota : L’ aventure artistique d’Ahmed Madani est menée avec de jeunes habitants des quartiers populaires. Elle est développée depuis 2012 et s’est  déclinée en trois créations: »Illumination(s) » réalisée avec des jeunes hommes du Val Fourré, ”F(l)ammes » réalisée avec des jeunes femmes des quartiers populaires et « Incandescences » réalisée avec des jeunes femmes et des jeunes hommes des quartiers populaires. 
Avec cette « trilogie » intitulée »Face à leur destin« , Ahmed Madani souhaite faire une description appliquée et minutieuse de ce que recouvre la réalité d’être de jeunes français vivant dans une zone urbaine sensible en donnant la parole aux protagonistes eux-mêmes.

Incandescences/ Face à leur destin – Épisode 3

(Création 2021)/ spectacle conseillé à partir de 15 ans

Texte et Mise en scène : Ahmed Madani

Assistant à la mise en scène : Issam Rachyq-Ahrad 

Avec : Aboubacar Camara, Ibrahima Diop, Virgil Leclaire, Marie Ntotcho, Julie Plaisir, Philippe Quy, Merbouha Rahmani, Jordan Rezgui, Izabela Zak.

Durée : 1 h 45

  • Création Vidéo : Nicolas Clauss
  • Création sonore : Christophe Séchet
  • Régie son : Jérémy Gravier
  • Création lumières et régie générale : Damien Klein
  • Regard extérieur chorégraphique : Salia Sanou assisté de Jérôme Kaboré
  • Coach chant : Dominique Magloire
  • Costumes : Ahmed Madani et Pascale Barré

Du 11 au 22 Mai 2022- 19 h

Théâtre de Paris Villette
208 Avenue Jean-Jaurès
75019 Paris

Tournée 2022-2023 : http://madanicompagnie.fr/calendrier/


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