ZOOM sur… Benoît LAVIGNE

Interview

Metteur en scène
et Directeur du Théâtre le Lucernaire  

Directeur du Théâtre du Lucernaire, depuis 2015, en plein cœur du quartier de Montparnasse à Paris , Benoît Lavigne est aussi metteur en scène. Le Lucernaire est un lieu culturel unique qui réunit 3 salles de théâtre, 3 salles de cinéma, une librairie, une galerie d’exposition, une école d’art dramatique, un bar et un restaurant.
Un lieu vivant qui a su faire face à la crise sanitaire actuelle en proposant de nouveaux choix de programmation, d’animation et en revoyant la décoration des lieux.

Benoit Lavigne portrait
©Eddy Briere

Question : Depuis 6 ans, vous êtes à la tête de ce lieu théâtral historique qu’est le Lucernaire. Vous avez contribué à le changer, la crise du Covid en a fait “un lieu non essentiel” comment avez-vous vécu cela  ?

Benoît Lavigne :  De façon contradictoire. Pour ma part, j’ai été obligé d’interrompre les représentations de la pièce “Le roi des pâquerettes” que j’ai mise en scène. Le contexte a été assez difficile et violent comme pour tout le monde. La fermeture des théâtres, l’arrêt brutal des spectacles nous a obligé à rembourser les spectateurs, à faire face au paiement des salaires… Le plus épuisant a été cette incertitude avec un sentiment d’injustice et de stigmatisation. Alors que les métros ou les trains étaient bondés, nous étions considérés comme des lieux à risques. Considérer que la culture était non essentielle a brutalisé beaucoup de gens. Cependant, les aides gouvernementales, les fonds de solidarité, le chômage partiel nous ont permis de faire face, même si on continue à ne pas parler de culture…

Q :  Cette crise et les difficultés auxquelles vous avez dû faire face à la fois comme metteur en scène et comme directeur ont-elles changé quelque chose dans votre approche du théâtre ? 

B.L. : Dans un premier temps, la peur générale des regroupements a beaucoup changé les habitudes des gens. Et puis il y avait aussi les discours sur la sécurisation, le confinement…Pourtant, malgré les craintes et les angoisses, j’ai pu constater que le public a toujours été présent. Cette crise a aussi remis en question ma façon de travailler et celle de mon équipe. Les envies du public ont également changé : l’envie d’éloigner tout ce qui ramène à la violence la dureté, à préférer des spectacles qui évoquent des histoires positives ou qui racontent des grandes aventures. A partir de cette constatation, la programmation du Lucernaire s’est transformée dans ce sens. Pour ma part, j’ai mis en scène “Le roi des Pâquerettes” qui raconte l’histoire de Louis Blériot. Il y a eu des spectacles poétiques comme “L’art d’être grand-père” de Victor Hugo avec Jean-Claude Drouot ou des comédies musicales comme “Le cabaret canaille”. Nous avons aussi privilégié les spectacles jeune public et des pièces qui réunissent beaucoup d’acteurs sur le plateau. Durant cette période, j’ai senti que le public avait envie qu’on raconte de belles histoires, mais qu’il continuait à être avide de culture. C’est en tenant compte de ces constatations que nous avons orienté notre programmation.

Q : Lorsque l’on arrive au Lucernaire, on constate que la crise a aussi conduit à des changements dans l’organisation du lieu, même s’il continue de s’inscrire et d’évoquer le Montparnasse des années 20 et 30…

B.L. : Effectivement. J’avais envie d’amener plus de lumière et de gaité dans l’espace. Avec l’équipe du Lucernaire, nous avons effectué des changements importants dans des espaces qui avaient un peu vieilli. On a commencé par repeindre les lieux d’accueil et par transformer la librairie et le restaurant. Nous avons recruté une nouvelle cheffe qui a apporté beaucoup de nouveautés en renouvelant la carte et en proposant une cuisine traditionnelle de très haute qualité. 

Q : L’obligation des distances a-t-elle changé votre façon de concevoir le théâtre à la fois dans l’accueil et dans votre façon de l’aborder ?

B.L. : Le théâtre continue à rester un spectacle vivant et avant tout un artisanat. Je pense que les gens ont besoin de cette intimité avec cet art. Pour ma part, la crise a renforcé chez moi mon idée de la fête et de l’aventure. Nous avons avec les élèves de l’école de théâtre du Lucernaire imaginé des animations surprise dans les files d’attente avant les spectacles, par exemple en faisant entendre des poèmes. Ce sont des moments pleins de joie, de découverte et d’interrogation qui favorisent des contacts avec le public avant les spectacles et renouvellent pour moi l’aventure du théâtre.

Q : En tant que metteur en scène, quels sont vos projets ?   

B.L. : J’ai le projet de monter “Moi, Feuerbach” avec l’acteur Denis Lavant. La pièce avait été jouée, il y a très longtemps par Robert Hirsch. Elle raconte l’histoire d’un acteur star qui sombre dans la folie, pour avoir poussé son art trop loin. C’est un spectacle qui s’interroge sur le métier d’artiste, la création théâtrale…J’ai aussi un projet autour du navigateur Éric Tabarly qui sera écrit par Bérangère Gallot et joué par Jérôme Kircher.

Q : Finalement, votre optimisme et vos projets remontent le moral, comment voyez-vous l’avenir ? 

B.L. : Dans les salles vides du théâtre, on a vécu cette crise très dure peut-être avec le fantôme de Laurent Terzieff qui a fait les beaux jours du Lucernaire pendant de nombreuses années. Les têtes d’affiches ne suffisent plus, les gens sont devenus plus exigeants. Cependant j’y vois, pour ma part, une belle occasion pour le théâtre de se re-questionner et de se renouveler.  

Propos recueillis par Dany Toubiana

théâtre le Lucernaire

Théâtre du Lucernaire

53 Rue Notre Dame – Paris 6°

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