Les Travailleurs de la mer, Texte : Victor Hugo - Mise en scène : Clémentine Niewdanski

Les travailleurs de la mer

Texte : Victor Hugo /Adaptation Elya Birman et Clémentine Niewdanski

Mise en scène : Clémentine Niewdanski

En tout premier lieu, il y a l’île de Guernesey bercée par la houle de la mer et où Victor Hugo fut exilé. Sur cette île, travailleur de la mer et homme de rien : Gilliatt, incarné ici par Elya Birman, un acteur immense et doué d’une sensibilité à fleur de peau. Il nous emporte dans le mouvement des flots pour sauver La Durande, un vapeur échoué sur un écueil au large de Guernesey…
Les Travailleurs de la mer, Texte : Victor Hugo - Mise en scène : Clémentine Niewdanski
Photo Filip Flatau

Des gouffres de la nature aux affres du destin

Mess Lethierry est propriétaire de La Durande, un vapeur échoué sur un écueil par la machination criminelle de son capitaine. Fou de rage à l’idée que le moteur révolutionnaire de son steamer soit définitivement perdu, Lethierry promet de donner la main de sa nièce Déruchette à celui qui récupèrera la machine de l’épave coincée entre les deux rochers de l’écueil Douvres au large de Guernesey. Gilliatt, pêcheur solitaire, aussi robuste que rêveur, mais surtout épris de Déruchette, accepte le défi…
Certains disent de Gilliatt que c’est le fils du Diable, d’autres qu’il a le pouvoir de guérir les gens. Gilliatt le malin a, dit-on, le sombre masque du vent et de la mer et à trente ans, il en paraît quarante cinq. Peu importe ! En sauvant La Durande, Gilliatt est sûr que son destin va changer ! “Ils disent personne n’ira, c’est impossible… moi je vais y aller” s’affirme Gilliatt à lui-même.
Construite autour du personnage de Gilliatt, la pièce nous plonge, comme dans le roman, au cœur d’une lutte épique entre l’homme et la mer. Courageux et déterminé Gilliatt va affronter la puissance dévastatrice de l’océan. En relevant le défi, il assure aussi la survie de l’île puisqu’il doit réparer une machine qui permet de pomper l’eau des marais salants. Résistant à la faim, à la soif et à l’épuisement, surmontant tous les obstacles, essuyant une terrible tempête, affrontant une pieuvre géante, Gilliatt, à force d’intelligence et de ténacité, parvient à transborder les machines sur sa frêle embarcation, et à les ramener enfin à terre…Pas de doute sa vie va changer…

Un théâtre à l’état brut

Les Travailleurs de la mer, Texte : Victor Hugo - Mise en scène : Clémentine Niewdanski
Photo Filip Flatau

Le texte de Victor Hugo se trouve ici magnifiquement adapté par Elya Birman qui en est le seul interprète et Clémentine Niewdanski qui le met en scène. Dès les premiers mots, nous voilà au large de l’île de Guernesey, portés par la rumeur des flots, le mouvement qui peut précéder la tempête… Sur le plateau un amalgame d’escabeaux, de planches, de chiffons et de barres de fer qui, dans l’ombre bleutée et un peu sombre de la lumière, nous transportent sur l’écueil Douvres qui se trouve entre St Malo et Guernesey. Débonnaire et un peu rêveur au début, Elya Birman, avec une subtilité de chaque instant façonne le personnage de Gilliatt perdu dans sa solitude et ses rêves enfouis. Il parle, il raconte, il hésite…Si le début de la pièce prend la forme de la nouvelle ou du conte, en arrivant sur l’épave de La Durande, le jeu de l’acteur se transforme en une suite d’actions de plus en plus fortes alors que le texte s’échappe peu à peu vers le lyrisme. Chaque objet devient porteur de sens. Porté par le récit, le corps s’ouvre largement vers des mouvements de plus en plus rapides. La douleur de Gilliatt devient perceptible et se partage avec les spectateurs. Le jeu de l’acteur se coule en totale osmose avec les éléments, les outils et les difficultés qui en résultent, avec la machine à réparer et le bateau en déséquilibre.

La solitude d’un héros déchu

Tour à tour conteur puis marin en perdition, Gilliatt est devenu un homme au corps souffrant, mais exalté par le sauvetage de La Durande qui lui permettra de devenir enfin riche et de gagner le coeur de la belle Déruchette. Rien ne l’arrêtera alors que la mer se transforme. Parfois, la rumeur du large ressemble au souffle d’un enfant ou à une mère protectrice, mais la mer, gonflée par le vent, devient aussi un monstre qui peut engloutir et ôter la vie. Au centre du chaos, Gilliatt, travailleur de la mer, machiniste, entre peur et respect, se soumet à sa tendresse ou à ses fureurs.
La mise en scène, sur ce plateau d’une sobriété totale, se trouve portée par un univers musical subtil et très beau, qui souligne les sons de la mer, de la nature et des machines. Les lumières tout aussi fines parcourent toutes les nuances de bleu jusqu’à devenir de plus en plus sombres. Tout au long du spectacle, chaque action de Gilliatt est accompagnée par la présence de la mer qui réunit la scène et la salle. Elle nous enveloppe, nous surprend, nous impressionne ou nous apaise. La Durande est enfin sauvée…Mais Gilliatt, malgré son courage et sa détermination n’épousera pas la femme aimée. Assis en pleine mer, sur l’écueil Roscoff, Gilliatt, à la fin de la pièce, se laisse submerger par les flots qui montent peu à peu…Au loin un bateau emmène Déruchette et l’homme qu’elle a épousé secrètement avec l’aide de Gilliatt. Le spectacle démarré comme une fable grandiose et pleine d’espoir, s’achève sur l’incarnation de la solitude totale d’un héros déchu.


Les Travailleurs De La Mer

Texte : Victor Hugo
Mise en Scène: Clémentine Niewdanski

Adaptation : Elya Birman et Clémentine Niewdanski

Avec: Elya Birman

Voix : Clémentine Niewdanski et Anthony Roullier

Durée estimée : 1 h 30

  • Création sonore : Thibaut Champagne

  • Lumières: Florent Penide
  • Décor : Estelle Gautier

Théâtre du Lucernaire– 75 006 Paris

Du 24 janvier au 17 mars 2024 – du mardi au samedi – 19h – dimanche -15h30

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