Théâtre : tout commence toujourspar une histoire d'amour

Tout commence toujours par une histoire d’amour  

Texte & Mise en scène: Pauline Ribat

Sur le plateau, elle est assise sur un bureau. Le regard en éveil, elle regarde entrer les spectateurs que nous sommes. Elle, c’est Mademoiselle R., mais c’est aussi une autrice et une actrice qui se nomme Pauline Ribat. Elle se prépare à jouer “Tout commence par une histoire d’amour”. Une histoire pleine de colère et de tendresse portée par une écriture et une mise en scène qui jouent sur une forme de “mobilité suspendue” totalement surprenante.

De la disparition à l’absence

Théâtre : tout commence toujourspar une histoire d'amour
© Christophe Raynaud De Lage

Histoire intime et sans artifices, l’autrice et l’actrice se mettent en mouvement pour nous raconter l’histoire de Mademoiselle R. et de sa famille. Une histoire qui commence à la grossesse de la maman de Mlle R. Aidée de l’actrice et l’autrice qui tiennent un rôle important dans la pièce, Mlle R.  nous confie au fil de sa mémoire, à travers ses photos de famille et ses archives d’enfant, l’histoire d’une disparition. Celle de l’homme au regard bleu turquin – son père, “l’homme qui l’a mise au monde” – vivant toujours dans la maison aux volets rouges. Si la disparition d’un être cher est inéluctable, comment parler d’une disparition qui est en fait une absence, c’est-à-dire le fait pour quelqu’un de ne plus exister ou de manquer ? Comment raconter une absence et comment en parler quand celle-ci représente une séparation, un deuil à faire alors que l’autre est encore vivant ? Quel autre rôle va jouer alors l’absent ou l’absente ?

Théâtre : tout commence toujourspar une histoire d'amour
© Christophe Raynaud De Lage

L’Actrice, l’Autrice et Mademoiselle R.

Tout commence par une histoire d’amour quand deux êtres se rencontrent et décident de fonder une famille. Mais que se passe-t-il pour une petite fille de 7 ans lorsque ce papa blond au regard bleu turquin s’en va et qu’elle sait qu’il habite toujours dans la maison aux volets rouges ?  Les silences des parents créent le déséquilibre chez l’enfant qui a peur de déranger et qui ne sait comment continuer à exister et à dire “je”. Comment faire quand on a peur de tout et “quand le noir avale la couleur” ? Pour écrire ce texte et élaborer ce spectacle, durant une année scolaire, Pauline Ribat  s’est rendue dans l’école qui fut la sienne pour interroger des enfants de 7-8 ans sur les grands évènements de  leurs vies.  Ces récits biographiques et l’articulation de son propre vécu ont donné à l’autrice la possibilité de créer le personnage de Mlle R. Mais comme Mlle R. Le dit “pourquoi est-ce si difficile de dire je et d’exister” ? Créer dans le texte les personnages de l’autrice et de l’actrice et les faire exister aux côtés de Mlle R. est une idée des plus originales trouvée par Pauline Ribat. L’autrice et l’actrice en tant que personnages permettent à Mlle R. de créer la distance avec les émotions sans toutefois les abolir.  

Ce qui permet aussi d’apprivoiser le temps. En prenant l’âge de 7 ans pour point de départ de l’absence du père, Mlle R.  aidée de l’autrice et de l’actrice observe de quelle façon se sédimente la mémoire quand elle a 2 fois 7ans, puis 3 et 4 fois 7 ans. Entre mouvement et chute, elle se maintient en équilibre, et tente de rester debout. L’autrice et l’actrice prennent les spectateurs à témoin et les plongent dans une intimité commune : certains sont devenus des membres de la famille, d’autres des confidents ou des témoins. L’actrice s’adresse à eux , les regarde dans les yeux et leur fait des confidences en direct.  Pourtant cette prestation d’actrice et d’autrice sur un texte magnifiquement écrit et interprété ne serait rien sans la scénographie minimaliste, créée par Anne Lezervant. Pleine d’imagination, celle-ci met en place l’infini dans les limites du plateau. Les jeux de miroirs offrent des espaces mouvants au travail de la mémoire. Les objets comme des cahiers d’école, des boucles d’oreille, une chambre d’enfant miniature avec ses dessins et ses secrets jouent avec des lumières-veilleuses. Portées par les mots et le jeu de l’actrice , des distorsions retracent les espaces réels et ceux qui sont imaginaires. Ce jeu entre l’espace, la lumière et les objets sont autant de points de repère, qui racontent les failles et les victoires dans le parcours intérieur de Mlle R., de l’enfance à l’adolescence puis à l’âge adulte jusqu’à l’apaisement final.

Au plateau, une actrice, seule-en-scène. Pas de quatrième mur. Pas d’entrée ni de sortie de scène. Une parole intime, frontale, brute, sans artifice. A ne pas rater, la pièce se joue jusqu’au 30 Juin à Paris au Théâtre de Belleville. 

Tout commence toujours par une histoire d’amour 

Soliloque autour d’une disparition (À partir de 13 ans) 

Mise en scène, écriture & jeu :  Pauline Ribat 

  • Collaboration à la mise en scène : Lise Werckmeister et Baptiste Girard 
  • Scénographie : Anne Lezervant
  • Création lumière: François Menou
  • Création musicale: Guillaume Léglise
  • Création vidéo: Vladimir Vatsev
  • Création costume: Aude Desigaux
  • Régie lumière et générale: Florian Delattre
  • Régie son et vidéo: Antoine Meissonnier

Durée : 1 h 15

Du 6 avril au 30 juin 2022 – Mercredi au samedi : 19h – Dimanche : 15h

Théâtre de Belleville – 16 Passage Piver – 75 011 Paris

Tournée

  • Juillet 2022 11 • Avignon – Festival OFF d’Avignon
  • Du 11 au 15 octobre 2022 Théâtre de la Renaissance (Oullins)


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