Points de non-retour la Trilogie d’Alexandra Badea

L’œil de la souris

EN MOTS ET EN IMAGES

Alors qu’elle prenait part à la cérémonie de naturalisation qui lui attribua officiellement la nationalité française, Alexandra Badea -Roumaine d’origine – fut interpellée par cette remarque de l’officier d’état civil « À partir de ce moment vous devez assumer l’histoire de ce pays avec ses moments de grandeur et ses zones d’ombre. » Comment dénouer les nœuds de l’histoire, ces « points de non-retour », sources de blessures et de divisions de la société française ?, s’est-elle demandé. Points de non-retour est né entre autres de ce questionnement.mière oeuvre, “Alphonse”, au Festival des Francophonies de Limoges en 1987. C’était quasiment le premier texte de Wajdi Mouawad et il jouait pour la première fois en France. Son oeuvre s’est confirmée et son talent est aujourd’hui reconnu internationalement.

Fresque théâtrale déployée en trois parties et débutée en 2018 à La Colline, Points de non-retour traverse une histoire contemporaine de la France coloniale, pour autant, résolument universelle. Dans cette fiction en trois parties, – Thiaroye, Quais de Seine et Diagonale du vide, Alexandra Badea, autrice et metteure en scène mêle passé et présent, petite et grande histoire, autour du personnage de Nora, réalisatrice de documentaires qui tente de comprendre son propre passé pour se reconstruire.
Explorant ses récits manquants pour questionner les silences et les non-dits de notre mémoire collective,dans cette Trilogie, Alexandra Badea présente aujourd’hui Thiaroye et Quais de Seine dans une nouvelle mise en scène. Le dernier opus, Diagonale du vide, vient clore le cycle débuté en 2018 au Théâtre de La Colline à Paris.

En mots et en images

Points de non-retour [Thiaroye]

Alexandra Badea, Points de non-retour [Thiaroye]
Alexandra Badea, Points de non-retour [Thiaroye]

Tant qu’on ne racontera pas ces histoires avec les points d’ombre, les blessures, les suspensions, on ne construira rien ici. Tout va s’effondrer. Le même système se perpétue et nous on regarde sur le bord en applaudissant les vaincus qui s’effondrent. On est le lot de réserve. Ceux qui s’entraînent jour et nuit et qui regardent le match sans rien faire. On entre en jeu les dernières secondes pour remplacer les héros du jour, mais ce sont toujours eux qui sourient à la fin sur la photo avec leurs médailles d’or entre les dents. Il y a des gens qui sont morts pour ces terres sans les avoir connues. Et ces terres leur refusent leurs tombes.

—Alexandra Badea, Points de non-retour [Thiaroye]

Points de non-retour [Quais de Seine]

Théâtre- Points de non-retour- (Quais de Seine)
Points de non-retour [Quais de Seine] – Photo Pascal Gely / Hans Lucas

IRÈNE. – Je serai toujours la fille de tes ennemis.La fille des colons. La fille de la conquête de l’Algérie.

YOUNES. – Qu’est-ce qui te prend Irène ?IRÈNE. – Je voudrais oublier ces fausses racines qu’on m’a collées. Je n’ai pas choisi de naître là-bas. Je voudrais pouvoir parler sans que ça soit tout le temps vu comme la parole de l’oppresseur.

—Alexandra Badea, Points de non-retour [Quais de Seine]

Points de non-retour [Diagonale du vide]

Théâtre- Points de non-retour- (Diagonale du vide)
Points de non-retour [Diagonale du vide ]Photo Pascal Gely / Hans Lucas

Il n’y avait plus d’issue pour moi. Plus d’endroit où me cacher Plus de trêve
Plus de mensonge. Plus de silence. Quelqu’un parlait à l’intérieur de moi, mais je ne comprenais pas ce qu’elle me disait. Elle hurlait dans une langue étrangère. Je voulais la retrouver cette personne. Me réconcilier avec elle. Lui pardonner et me faire pardonner.

—Alexandra Badea, Points de non-retour [Diagonale du vide]
Retour haut de page