ZOOM sur… 6ème Festival des Langues Françaises

Rouen- Du 12 au 16 Mars 2024

Interview

Entretien avec Ronan Chéneau – Dramaturge
et co-responsable du Festival

Véritable radar de la création dans la région, du 12 au 16 Mars 2024 se déroulera le 6ème Festival des Langues Françaises du Centre Dramatique National de Normandie-Rouen dirigé par Camille Trouvé et Brice Berthoud. Ronan Chéneau, dramaturge et co-programmateur de ce festival, nous le présente.
Porteurs d’un théâtre ouvert sur le contemporain, ils ont le français en partage et viennent du Bénin, du Liban, de France, de Haïti, de Belgique ou d’ailleurs.

Question : Ronan Chéneau, vous êtes co-responsable de l’organisation du 6° festival des Langues Françaises organisé à Rouen. Peut-on établir un rapprochement avec le Festival des Francophonies de Limoges créé dans les années 80 ou sommes nous dans un contexte différent ?

Ronan Chéneau : Bien sûr on connaît le Festival des Francophonies de Limoges et on peut bien entendu établir un rapport avec le nôtre. Notre spécificité est peut-être d’insister sur les langues françaises parlées dans le monde entier en y ayant inclus les artistes de nationalité française dès notre première édition. Pour nous ce qui est important c’est l’utilisation du français quel que soit le pays où on le parle, que ce soit en France hexagonale, France des Outremers ou dans d’autres pays. La préoccupation du CDN de Normandie-Rouen est de s’attacher à La singularité de ce festival afin de souligner la diversité des auteurs et autrices qui utilisent la langue française. Au sein du festival, la langue française donne une certaine visibilité et une forme de communauté d’esprit aux auteurs et autrices de l’étranger, mais aussi à ceux de France, créant ainsi des répertoires originaux. Le Festival des Langues Françaises souhaite donner une visibilité et mettre en valeur ces écritures en résolvant le problème des distances et en leur permettant de se faire connaître de façon plus large.

Q : Quelle est l’organisation et la programmation du Festival des Langues Françaises ?

R.C. : Depuis sa création le festival a bénéficié d’un certain continuum à travers plusieurs comités de lectures. Nous avons créé un partenariat avec le Prix RFI et notre idée est d’élargir encore la vitrine de ces répertoires. L’accompagnement sur le plateau que nous proposons dans le cadre de notre festival est le premier temps fort pour les auteurs. Nous avons créé également un partenariat avec le Théâtre des Quartiers d’Ivry, dirigé par Nasser Djémaï, via son comité de lecture le Quartier des autrices et auteurs (QD2A), ancien comité de lecture du Tarmac, scène dédiée à la francophonie aujourd’hui disparue. Le festival permet à ces auteurs et autrices de rencontrer des artistes de la scène qui travaillent en France, notamment à Rouen et qui présenteront leurs textes.

Q : Quelle est l’orientation artistique du festival ? 

R.C. : Ces textes sont des reflets du monde d’aujourd’hui. Ils viennent d’ailleurs et permettent d’immerger le public de France dans d’autres réalités. C’est un théâtre contemporain qui, en français, nous fait visiter d’autres pays. À ces textes qui ont leurs spécificités, les acteurs et actrices d’ici inventent d’autres formes dans la façon de les jouer. Ces propositions venues d’ailleurs invitent aussi les artistes à déplacer leur point de vue, leurs habitudes. Cela les amène à s’interroger autrement sur ces histoires pour leur offrir un jeu particulier. Par exemple, certains textes sont basés sur une forme d’oralité dans la langue française ou abordent le thème du patriarcat de certains pays. Pour les acteurs et actrices de Normandie, cela nécessite une approche particulière et un effort de réalisme différent en fonction de la provenance du pays d’origine de ces textes. Il existe le Prix Jeanne Laurent, les auteurs et autrices rencontrent aussi un jury lycéen, ce qui représente une autre prise de conscience pour ces jeunes gens et une valorisation du texte et de la rencontre avec les lauréats.

Q : 5 jours durant, auteurs et autrices de langue française vont se rencontrer et rencontrer le public . Quels ont été vos critères de choix ?  

R.C. : Cette année, le Cameroun a été à l’honneur pour le Prix RFI avec un auteur comme Éric Delphin Kwégoué (À coeur ouvert) avec pour thématique la censure et un registre proche du thriller. Beaucoup d’autrices parlent du féminisme, de l’aspiration à l’émancipation en luttant contre le patriarcat, de la guerre qui oblige à l’exil (Mauvaise herbe de Dima Abdallah (Liban), de la violence conjugale et bien d’autres thématiques bien sûr…

Q : Dans le programme, on constate que les présentations de ces pièces auront des approches différentes : présentation du texte seul, texte et mise en espace, d’autre encore sont plus proches de la mise en scène. De quelle façon se sont établis ces choix ? 

R.C. : Les textes sont présentés dans des espaces différents d’où la diversité et la particularité du format. Ce sont des formes courtes qui s’appuient souvent sur la lecture seule ou la mise en espace. Cependant les lieux dans lesquels les textes sont présentés, des salles de classe ou des petites salles nous imposent des formats courts de 30 minutes la plupart du temps et d’une heure maximum. En fait, nous proposons de montrer des textes en cours de travail, parfois avec des extraits plus approfondis. Le temps d’échange des artistes, des auteurs avec le public n’est pas un temps formel comme le bord de plateau à la fin d’une représentation, mais plutôt un temps de convivialité qui permet l’échange non formel. Le festival est une ouverture dynamique vers la création future du spectacle et qui met en avant la pertinence entre l’écriture et le début de la mise en scène. C’est aussi une rencontre avec des compagnies de théâtres qui pourront faire aboutir le travail ultérieurement. Par ailleurs, le festival est aussi une vitrine destinée aux compagnies locales, ce qui leur permet de se confronter à la mise en forme d’un texte voire à la création future via une demande de résidence qui permettra au projet d’aller plus loin.

Q : Comment se déroulent et sont reçues ces confrontations entre l’écriture théâtrale, un autre type de rapport avec la langue française et le jeu sur le plateau ?

R.C. : Quand on est élève de théâtre au Conservatoire, on se trouve confronté avec la langue de Corneille ou de Shakespeare ou encore à des langues différentes en fonction de l’époque ou de la couleur des textes. Divers frottements surgissent quand on s’attaque aux répertoires de théâtre. Un français guyanais, guadeloupéen, haïtien ou camerounais a une spécificité territoriale. On parle beaucoup de parité, de diversité sur la scène de théâtre d’où la nécessité de ne pas se cantonner à un répertoire exclusif en français (de France) mais au contraire, en travaillant sur un répertoire qui propose une inclusion des autres propositions d’une langue française parlée ailleurs. L’idée est de réunir dans ce festival des langues françaises toute la population de la ville de Rouen quelle que soit l’origine des personnes. Faire en sorte que tout le monde, dans l’espace du théâtre, se sente chez lui en y apportant d’autres références qui permettent de croiser les publics et les générations.

Propos recueillis par Dany Toubiana / Octobre 2023

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