Théâtre : Enfance, texte : Nathalie Sarraute - Mise en Scène : Tristan Le Doze

Enfance

Texte : Nathalie Sarraute
Mise en scène :Tristan Le Doze

Elle étudie l’histoire à Londres, la sociologie à Berlin et le droit à Paris avant de devenir avocate et surtout une autrice reconnue sous le nom de Nathalie Sarraute. En 1932, elle publie “Tropismes” son premier recueil devenu une des oeuvres fondatrices du Nouveau Roman. Au théâtre “Pour oui, pour un non” est sa pièce la plus jouée…Tristan Le Doze s’empare de son texte “Enfance” et lui donne vie dans une mise en scène pleine de poésie.

De Moscou à Paris

1900. Elle s’appelait Natalia Tcherniak et était née cette première année du XX° siècle à côté de Moscou au sein d’une famille juive, bourgeoise et cultivée. Âgée de 82 ans, et autrice reconnue, elle écrit “Enfance”, une évocation qui raconte l’orientation et le désir d’écriture chez celle qui se fera connaître sous le nom de Nathalie Sarraute. Avec “Enfance”, l’écriture de Nathalie Sarraute prend, pour la première fois, une forme autobiographique. L’adaptation du texte et la mise en scène de Tristan Le Doze permet au théâtre de donner à ce texte un écho tout à fait vivant. Si au début, la pièce surprend, interroge et semble chercher sa direction, peu à peu les mots tendres, parfois péremptoires ou violents, l’humour aussi s’imposent.

Sur le plateau, juste deux chaises et un éclairage au jeu changeant qui crée l’ambiance. Parfois les lumières faiblissent en fonction des souvenirs évoqués, comme s’ils disparaissaient. En rapport d’âge, deux actrices émouvantes et très à l’écoute l’une de l’autre donnent naissance à l’évocation de cette enfance qui s’est déroulée entre Moscou et Paris lorsque les parents de Natalia divorcent. Anne Plumet redevient l’enfant et la jeune fille que fut Natalia. Marie Madeleine Burguet campe les autres personnages : la mère assez distante qui vit à Moscou, le père qui exprime son amour paternel de façon maladroite et sa seconde épouse qui vivent à Paris et d’autres qui ont croisé l’enfance de l’écrivaine.
Respectant le rythme du texte original, jouant, sans aucun effet, sur la discontinuité et les ruptures de la langue, le jeu des deux actrices crée la distance géographique que subit cette enfant sensible partagée entre deux mondes à la suite du divorce de ses parents. La mise à distance affective respecte l’écriture “à distance” de l’écrivaine tout en soulignant en filigrane le désarroi de l’enfant. “Sarraute poursuit le chemin de Proust, au microscope…” souligne le metteur en scène. Peu à peu, le voile du souvenir devient une évocation vivante portée par un jeu qui devient de plus en plus fin. Anne Plumet interprète le côté malicieux et en même temps déchiré de la petite fille qui, en dépit de ses incompréhensions est habitée par la curiosité et le goût de la découverte. Face à l’enfant, mais aussi à l’autrice âgée qui écrit sur son enfance, Marie Madeleine Burguet passe, dans son jeu, de la distance des parents, à une certaine rigidité, tout en conservant une tendresse discrète.

La chambre noire de la mémoire

« J’ai considéré, précise Tristan Le Doze, la scène comme la chambre noire de la mémoire de Sarraute”. Se trouvent ainsi privilégiés dans les choix de cette adaptation le goût de Sarraute pour la littérature et la naissance en creux de l’écrivaine qu’elle est devenue au fil du temps. Les deux comédiennes totalement complices font naître aussi dans leur interprétation la présence de Moscou et Paris qui marquent dans ce texte l’écriture de Sarraute. Le passé évoqué de l’enfant et la réalité du présent de l’écrivaine qui se retourne sur son enfance, finissent par déchirer le voile des deux espaces de vies qui ont fini par asseoir le présent de l’écrivaine. L’adolescence arrivant, quelque chose s’est comblé et conclut logiquement l’écriture de ce livre qui s’intitule “Enfance”.
“Il me semble que là s’arrête pour moi l’enfance, écrit Nathalie Sarraute à la fin de son livre. Quand je regarde ce qui s’offre à moi maintenant, je vois comme un énorme espace très encombré, bien éclairé”. Grâce au jeu vivant des deux comédiennes, la parole écrite et peu à peu libérée par le théâtre, nous a ramenés, à notre tour, vers la chambre noire de nos propres souvenirs d’enfance.


Enfance

Texte : Nathalie Sarraute
Mise en Scène : Tristan Le Doze

Avec : Marie-Madeleine Burguet et Anne Plumet

  • Scénographie : Morgane Le Doze
  • Lumières : Christophe Grelié

Durée estimée : 1 h 30


Théâtre de Poche-Montparnasse 75 OO6 Paris

À partir du 6 Mars 2024 -Du mardi au samedi à 19 h

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