Théâtre - : Abbysse Texte : Davide Enia
 / Traduction : Olivier Favier

Abysses

Texte: Davide Enia / Traduction : Olivier Favier

Mise en scène: Alexandra Tobelaim

L’histoire se déroule sous nos yeux via la télé et les réseaux sociaux, mais que savons-nous réellement de ce qui se passe sur l’île de Lampedusa en Sicile ? Dans “Abysses”, une pièce mise en scène par Alexandra Tobelaim, l’auteur sicilien Davide Enia nous raconte… 
Théâtre - : Abbysse Texte : Davide Enia
 / Traduction : Olivier Favier
Photo Matthieu Edet

Lampedusa, une île en Sicile…

Lampedusa, une île minuscule, au plateau sans relief, en Sicile et l’une des plus proches du continent africain. Pendant longtemps, les magnifiques vues de l’île photographiée par les touristes du monde entier faisaient rêver. Depuis plus de vingt ans, les touristes sont moins nombreux et Lampedusa est devenue la première île où des gens de peu débarquent débordants d’espoir. Pour ces malheureux, souvent des Africains, qui tentent d’échapper à la mort et à la famine dans leur pays d’origine, l’île est un des points d’accès à l’Europe et au reste du monde pour espérer un avenir. Ce qui les attend parfois, c’est le fracassement en mer et souvent pas loin des rivages de Lampedusa. S’emparant des réalités de ces émigrations forcées, au coeur des débarquements, s’attachant au dévouement des sauveteurs et racontant l’affolement et l’espoir des malheureux qui débarquent sur l’île, Davide Enia, auteur de la pièce, met en parallèle sa relation avec son père qui regarde le monde sans rien dire, totalement muet nous dit le fils…Face au mutisme du père prend place le récit du fils qui décrit, qui raconte l’éclatement de la tranquillité de l’île face aux folies du monde. Dans le récit, se révèle la réalité d’un ailleurs, de vies explosées par la misère. Hommes, femmes, enfants, bébés nés sur les bateaux, ils accostent totalement démunis. Sur l’île, des sauveteurs locaux se démènent car “aider ceux qui en ont besoin est la seule loi sur la mer”. Hommes, femmes et enfants, débarquent sur l’île. Ils ont tout perdus et malmenés par la mer, ils auraient pu être avalés. Dans cet espace hors du temps, tout peut arriver, la solidarité la plus totale ou les turpitudes les plus cruelles.

Photo Matthieu Edet

Un théâtre-récit

En embrassant le point de vue des sauveteurs et sauveteuses au large de Lampedusa, “Abysses” redonne complexité et humanité aux histoires de personnes migrantes en Méditerranée”. C’est ainsi que la metteure en scène Alexandra Tobelaim nous présente la pièce. Ainsi qu’elle l’a fait dans ses créations précédentesnotamment “Face à la mère”, une pièce de l’auteur haïtien, Jean-René Lemoine – Alexandra Tobelaim continue d’explorer un théâtre-récit, monté sur un plateau totalement nu et soutenu par une musique qui donne un écho à l’émotion qui surgit du texte.
Comme dans sa pièce précédente qui alliait le double sens de « mère » et de la mer qui entoure l’île de Haïti, son travail dramaturgique joue ici aussi sur le double sens du mot “abysse”. Au sens propre, il s’agit de fosses sous-marines d’une profondeur immense et au sens figuré, il représente la couche profonde de la personnalité qui abrite la plus grande humanité ou les vilénies les plus sombres. Ici la dureté de la mer fait face aux turpitudes des humains.Tel est le fil de ce récit émouvant porté par le comédien Solal Bouloudnine. La crudité, la terreur des situations, le courage des îliens sur terre et des naufragés dans leurs barques ou aux humains sans morale, rien n’est oublié. Porté par le jeu d’un corps totalement ouvert aux mots et aux situations, Solal Bouloudnine nous emporte. Douce ou rythmée, la musique et la voix de Claire Vailler collent au texte et ouvrent le récit à d’autres émotions. La musique prend la place des mots, soulignant les silences du père, les assauts de la mer, les cris de ceux qui se noient ou des sauveteurs qui essaient désespérément de les sauver. Dans une mise en scène a minima et une lumière uniforme, toute la place est laissée au récit, à la poésie et aux mots qui s’enroulent à la musique. La voix de l’acteur, devenu le passeur de ces vies suspendues à un fil, finit par se taire. La mer Méditerranée s’est calmée. Le silence de ses abysses et les cimetières tranquilles de l’île de Lampedusa accueillent chaque jour des corps désarticulés et sans identité …


Abysses

Texte : Davide Enia
 / Traduction : Olivier Favier
Mise en Scène: Alexandra Tobelaim

Avec: Solal Bouloudnine, Voix et guitare : Claire Vailler

Durée estimée : 1 h 20

  • Composition musicale : Claire Vailler et Olivier Mellano

  • Scénographie : Olivier Thomas
  • Création lumière : Alexandre Martre

Théâtre 13- Bibliothèque– 75 013 Paris

Du 28 février au 09 mars 2024

  • 13 – 14 mars 2024 – Théâtre Sorano -Toulouse
  • 21 mars 2024- La Garance – Scène Nationale de Cavaillon
  • 04 – 05 avril 2024 – CDNOI, La Réunion
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