théâtre Don Juan

Dom Juan de Molière

Mise en scène : Tigran Mekhitarian

“Dom Juan ou le festin de pierre” , pièce librement adaptée de l’Espagnol Tirso de Molina, fut créé par Molière en 1665. Pourtant après la mort de l’auteur, la pièce fut oubliée, puis redécouverte au XIX° siècle, devenant depuis l’une de ses pièces incontournables. 
Le 400ème anniversaire de la mort de l’auteur est une magnifique occasion de redécouvrir l’intemporalité de cette pièce, jouée à Paris au Lucernaire et librement adaptée par Tigran Mekhitarian, un jeune metteur en scène qui interprète aussi le rôle de Dom Juan. Après  avoir revisité “Les fourberies de Scapin” et “L’avare”,  “Dom Juan” est sa troisième exploration contemporaine d’une pièce de Molière.

“Mon coeur est à toutes les belles…”

Accusé de fuite et de trahison par la famille de Dona Elvire, une chasse à l’homme s’engage contre Dom Juan devenu introuvable, après avoir épousé et abandonné la jeune femme. Sganarelle, meilleur ami et serviteur de Dom Juan, tente de raisonner ce dernier pendant leur périple afin de lui éviter une mort certaine, mais en vain. Dom Juan est déjà à la recherche d’un nouveau cœur à séduire…

théâtre Don Juan
© Cedric Vasnier

Assis au centre de la scène dans un fauteuil pliant en bois et en vieux tissu, tirant sur un joint, Sganarelle exprime son désarroi face aux conquêtes sans fin de son maître. Choqué par les défis et les exactions de ce dernier, Sganarelle est pourtant impressionné par l’imaginaire de ses mensonges et désarçonné par l’affirmation sans ambages de son maître qui clame qu’il ne faut “avoir bonne opinion que de soi en affirmant son hypocrisie”.
L’intrigue et le texte de Molière constituent toujours la base de la pièce, mais ici s’y trouvent mêlées des expressions issues du langage des jeunes des cités, la tchatche des improvisations et des textes de rap qui, en contrepoint, soulignent chaque action et les méfaits de Dom Juan. La haute naissance du personnage de Molière se traduit ici par une certaine froideur dans le jeu et l’ interprétation du comédien. Dom Juan intrigué par la mort et son au-delà, joue en permanence avec le Ciel, lui reprochant l’hypocrisie de la religion censée le représenter sur terre. Lui se définit comme un conquérant insolent, qui, contrairement aux autres personnages, ne s’émeut jamais, ne s’énerve pas et semble connaître dès le début l’inexorabilité de son destin.

L’ambition des conquérants

Dans cette épopée, Dom Juan cherche-t-il à défier la religion ou à provoquer la punition divine ? Conservant cette idée qui sous-tend la pièce de Molière, Tigran Mekhitarian dans son adaptation et sa mise en scène joue sur la distance. Son interprétation glaciale de Dom Juan le place au-dessus des autres et dans une solitude totale. Chaque sourire, chaque geste vers l’autre est un calcul qui peut se terminer par une insanité ou une brusquerie. Inséré ici dans la cité, Dom Juan se définit au-delà des principes et des peurs qui l’habitent. Son ambition de conquérant ne concerne pas seulement la conquête des femmes. Le défi au ciel est permanent et relève en filigrane d’un appel non exprimé au suicide. Se faire accepter relève de la déception, et ouvre aussi peut-être, une porte à l’expression d’une jeunesse contemporaine qui ne trouve pas sa place.

théâtre Don Juan
© Cedric Vasnier

“Le théâtre, c’est avant tout un texte et des artistes qui l’interprètent”, affirme le metteur en scène. Ce précepte s’appuie ici sur une scénographie épurée qui se limite à une scène nue juste ornée de quelques bougies allumées, à quelques accessoires, quelques costumes, un fauteuil pliant et passablement déglingué . On renoue ainsi avec les scènes de tréteaux sur lesquelles s’est développé le théâtre de Molière. On retrouve dans le jeu des acteurs certains aspects de la comedia dell’arte, tout en respectant l’espace unique préconisé dans le théâtre classique.
Jouant avec la modernité, Tigran Mekhitarian et son équipe aux talents multiples, conservent la structure du texte original. Le travail de l’auteur joue sur les ouvertures dans l’écriture et les situations de la pièce originale. Puiser certaines références de langue ou des éléments dans le contexte urbain actuel ouvrent et ancrent le texte de Molière dans l’univers contemporain. Molière avait osé la transformation du texte de Tirso de Molina et l’avait inscrit dans la France du XVII° siècle. L’idée n’a pas pris une ride et cette jeune compagnie qui s’appelle à son tour L’Illustre Théâtre continue à tracer un chemin de modernité et d’ouverture à ce texte du théâtre classique. Un défi réussi au travers d’un spectacle porté par l’énergie de quatre jeunes comédiens doués et pleins d’imagination.


Dom Juan

Molière

Mise en scène : Tigran Mekhitarian


Avec : Théo Askolovitch, Arthur Gomez, Marie Mahé et Tigran Mekhitarian

Durée estimée : 1 h 15


Du 12 Octobre au 4 Décembre 2022
Du Mardi au Samedi à 20 h – Dimanche à 17H

Théâtre du Lucernaire– 53 Rue NotreDame des Champs 75006 Paris


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