Théâtre. Zola l'infréquentable à la Contrescarpe

Zola l’infréquentable

Texte & Mise en scène : Didier Caron

“Zola l’infréquentable”. C’est sous ce titre surprenant que se joue cette pièce au Théâtre de la Contrescarpe à Paris. En quoi Zola qui continue à nous surprendre et à être lu, qui a mis toute sa notoriété à parler des plus défavorisés dans ses romans, qui a perdu toutes ses chances de rentrer à l’Académie Française en défendant un capitaine d’armée juif et qu’il ne connaissait pas, en quoi cet homme est-il devenu infréquentable ? Construite autour de l’affaire Dreyfus, le texte éclaire d’une autre façon les magouilles politiques de l’époque, les jalousies et les croche-pieds de Léon Daudet, à l’égard de Zola. La pièce présentée cet été, au Festival d’Avignon, écrite et mise mise en scène par Didier Caron, interprétée par deux comédiens au talent très subtil, actuellement reprise au Théâtre de la Contrescarpe à Paris, vaut réellement le détour.   
Théâtre. Zola l'infréquentable à la Contrescarpe
© Fabienne Rappeneau

Alors… Zola, infréquentable pour qui ?

Sur le petit plateau du Théâtre de la Contrescarpe, le décor très élégant nous transporte directement au XIX° siècle. Deux hommes s’y retrouvent : Émile Zola, écrivain reconnu et célébré dans toute la France et Léon Daudet, fils de son ami le grand Alphonse Daudet, gravement malade à cette période.
Léon Daudet, grâce à la renommée de son père est en relation avec les grands noms de l’époque. Zola fait partie de ces habitués. Mais “le talent n’est pas une maladie qui se transmet”. Romancier médiocre, nationaliste, antisémite et pamphlétaire souvent redoutable, Léon Daudet est aussi journaliste pigiste dans différents journaux de l’époque.
Nous sommes en 1894. Dans cette France de fin de XIX° siècle, une certaine forme de patriotisme se mâtine d’un antisémitisme vociférant au grand jour. De 1894 à 1906, l’Affaire Dreyfus est au centre de toutes les polémiques. Le plateau de théâtre devient ici le centre d’une joute verbale et véridique qui va opposer Zola à Léon Daudet. Se dessine alors le climat passionnel d’une époque – dont les échos sont encore malheureusement d’actualité dans la nôtre – qui divisera la France politiquement, militairement et religieusement. Pour les anti-dreyfusards, ceux qui vont soutenir le Capitaine Dreyfus deviennent des infréquentables dont Zola sera le porte-étendard avec son célèbre “J’accuse”.

Théâtre. Zola l'infréquentable à la Contrescarpe
© Fabienne Rappeneau

Une mise en scène qui relie l’intime, la réalité politique et sociale

La mise en scène de Didier Caron est d’une finesse totale et joue sur un plateau unique . Juste avec le déplacement des quelques accessoires qui s’y trouvent, le lieu se transforme pour devenir le bureau de Zola, la maison de Daudet, évoque la salle de l’assemblée nationale ou un autre lieu de réunion. Le point central reste l’affrontement de ces deux hommes qui racontent ou justifient leurs actions et leur prise de position. “Il n’a plus d’âge. Il n’a plus de nom. Il est couleur traître. Sa face est terreuse, aplatie et basse, sans apparence de remords, étrangère à coup sûr, épave de ghetto” écrit Léon Daudet à propos du Capitaine Dreyfus dans les colonnes du journal Le Figaro.

Zola était à Rome et “l’histoire” du Capitaine Dreyfus n’était pas encore une affaire. Les propos antisémites de Daudet sont insupportables et on ne peut en France accuser de trahison un homme en raison de sa religion, affirme Zola. Opportunisme littéraire, prétend Léon Daudet. “Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme. Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour” sera la réponse de Zola à l’antisémitisme de Daudet dans la lettre destinée au Président Félix Faure et parue dans le journal L’Aurore. La confrontation entre les deux hommes projette Zola dans la lumière et le rend “infréquentable”. Le choix de cette construction dramaturgique éclaire la petite et la grande histoire, le climat passionnel de l’époque et les ambivalences des personnages.

Théâtre. Zola l'infréquentable à la Contrescarpe
© Fabienne Rappeneau

Bruno Paviot fait de Léon Daudet un personnage pervers, manipulateur, jaloux et arrogant. Sa vie conjugale est difficile et le jeu de l’acteur nous laisse percevoir qu’il est triste aussi d’être quelque peu méprisé par un père qu’il admire et qui est l’ami de ce Zola dont il tente de détruire l’image. Pierre Azéma qui interprète Émile Zola, en fait un personnage inquiet, parfois porteur de zones d’ombres, mal à l’aise dans certains milieux en raison de ses origines sociales. La direction d’acteurs précise et portée par un texte très structuré, accompagne et soutient l’interprétation subtile des deux comédiens, dans un jeu permanent d’oppositions, ouvrant des portes inédites et parfois surprenantes à la confrontation. Zola reste le grand écrivain et l’homme généreux qu’il fut, mais ici l’image se fendille : moins lisse et moins grandiose, elle se nuance et s’humanise.


Zola l’infréquentable
Texte & Mise en scène: Didier Caron


Interprétation : Pierre AZEMA et Bruno PAVIOT

Durée estimée : 1 h 30 environ


  • Scénographe : Capucine Grou-Radenez
  • Créateur lumières : Denis Schlepp
  • Costumière : Mélisande de Serres

Création / Festival Off d’ Avignon / Juillet 2022

A partir du 05 octobre 2022

Mercredi, jeudi, vendredi à 21h00- Samedi à 20h30 – Dimanche à 16h30

Relâches : les 24, 25 décembre

Théâtre de La Contrescarpe – 5 Rue Blainville – 75 005- Paris

Tweetez
Partagez