Sizwe Banzi est mort

Sizwe Banzi is dead

Texte : Athol Fugard, John Kani, Winston Ntshona 

Mise en scène : Jean-Michel Vier

“Sizwe Banzi is dead” (Sizwe Banzi est mort) est une pièce assez peu jouée en France et mise en scène il y a une quinzaine d’années par Peter Brook. Jean-Michel Vier a eu une bien belle idée en proposant une nouvelle mise en scène de cette pièce sud africaine de l’écrivain Athol Fugard et co-créée avec les comédiens John Kani et Winston Ntshona qui l’ont jouée. Écrite en 1972, la première de la pièce présentée devant un public multiracial est interrompue par la police. Quel miroir nous tend aujourd’hui ce texte écrit dans le contexte de l’apartheid ? Une pièce-phare des townships que l'écrivain Athol Fugard voyait comme une célébration de la vie.    

De la vitalité, de l’humour, de la grandeur

Sizwe Banzi est mort
©Joseph Banderet

Années 70. L’Afrique du Sud est dominée par l’apartheid. Nelson Mandela dans sa lutte contre le gouvernement blanc affirmait haut et fort qu’on “pouvait le mettre en prison, mais sans faire de lui un prisonnier”.
Styles, jeune homme joyeux cultive l’optimisme, même s’il constate, que dans sa rue, tous les Africains sont considérés comme suspects. Il était ouvrier dans une usine d’automobiles, il a réussi à transformer sa vie en devenant un photographe doué.

Il vit à Port Elisabeth et refuse de se laisser piéger par le racisme ambiant. Respecter le rêve du client qui pose devant son appareil et le laisser s’exprimer est la règle de base du travail de Styles. Le regard du client qui s’allume, le plaisir que celui-ci découvre lorsque la photo est prête suffisent à Styles pour le rendre heureux même si, pour mettre en scène ses clients, son studio est des plus rudimentaires : un fond de tissu, une carte de géographie, le dessin d’une ville idéale. 

Sizwe Banzi dont l’histoire est au centre de la pièce est un homme sans nom et migrant dans son propre pays. Comme beaucoup de sud Africains noirs, il est venu travailler pour des blancs à Port Elisabeth mais ses papiers ne sont plus valables. Sans papiers, il devient un homme sans nom, une sorte de fantôme qui peut à tout instant se faire arrêter. Buntu qui accueille les autres dans le township va l’aider : Sizwe Banzi doit disparaître pour continuer à exister. Grâce à Buntu et Styles qui le photographie, il prend la place de  Robert Zwellinzima, découvert mort dans la rue, et hérite des papiers en règle du défunt…  

Sizwe Banzi est mort
©Joseph Banderet

“Qu’est ce qui cloche avec moi ?”

“Qu’est ce qui ne va pas avec moi ? Je suis un homme. J’ai des yeux pour voir. J’ai des oreilles pour entendre les gens quand ils parlent… J’ai une tête pour penser des choses bien… Qu’est-ce qui cloche avec moi ? Regardez-moi ! Je suis un homme. J’ai deux jambes. Je peux courir avec mes deux jambes, je peux courir avec une brouette pleine de ciment !” L’interrogation de Sizwe Banzi obligé de changer d’identité remet au centre le système politique de l’apartheid. Changer de nom et prendre celui d’un fantôme, c’est ce donner une chance dans le monde des blancs incapables de faire la différence…Nom, adresse, Numéro d’immatriculation…Qu’est-ce qu’un nom après tout ?   

Comme le souligne Jean-Michel Vier parlant des personnages de la pièce “Ils sont dans un espace tragique mais ce n’est pas pour aller vers la mort, ils éveillent des ressources de vie qui peuvent aussi être les nôtres”.  Dans une scénographie de Romain Fohr, structurée par un travail sur la lumière proposée par Stéphane Deschamps, qui dessine avec précision les contours, nous nous déplaçons sous les réverbères du port ou dans les rues nocturnes de Port Elisabeth, dans l’appartement discret d’un township ou dans le studio photo de Styles. Dans ce décor des plus simples, se croisent les récits de Noirs partis travailler en ville chez les Blancs. Se croisent les récits des épreuves traversées, les anecdotes, les souffrances tragiques ou comiques. Au-delà de la fable, la pièce joue sur la rencontre des théâtres occidentaux se mêlant à toutes les tonalités du conte qui passe du lyrisme à l’humour et même à l’absurde. 

Dès sa création, la pièce s’appuyait sur les acteurs, Jean- Michel Vier, à son tour, axe toute sa mise en scène simple et directe autour du jeu des acteurs. Pleins de vie et dotés d’un jeu plein de générosité, d’humour et de tendresse, sans misérabilisme, valorisant toute la poésie et la force du texte, Jean-Louis Garçon et Cyril Gueï nous regardent droit dans les yeux pour nous inciter à nous poser à nouveau les questions. Qu’est-ce que “Sizwe Banzi is dead”, pièce écrite en plein apartheid, continue à nous dire aujourd’hui ? Quel miroir nous offre-t-elle ? Qui sommes-nous au-delà de notre peau et de nos clichés sociaux ? Au-delà des enjeux de survie qui constituent la pièce, sommes-nous comme Sizwe Banzi , Styles ou tous ces Sud-Africains qui la traversent des “super-vivants” capables de planter le drapeau de la liberté ? Au sortir du théâtre, Sizwe Banzi, reste un fantôme qui continue à avoir quelque chose à nous dire. Quelque chose aussi puissant et mystérieux face à la vie que le dernier mot de la pièce : “Souris!”. 

Sizwe Banzi is dead / À partir de 13 ans 

Texte : Athol Fugard, John Kani, Winston Ntshona 
Traduction et mise en scène :  Jean-Michel Vier 

Assistant mise en scène : Amine Chaïb 

Avec : Jean-Louis Garçon, Cyril Gueï

Durée : 1 h 25

  • Lumières : Stéphane Deschamps 
  • Scénographie : Romain Fohr
  • Costumes : Elisabeth Martin
  • Dessins : Camille Lemeunier
  • Assistantes scénographie : Clothilde Feuillard, Noa Gimenez 
Du lundi 4 avril au mardi 26 avril 2022 

Tournée 

  • 14 mai 2022 –  La Courée à Collégien (Seine et Marne) 
  • 11 octobre 2022-  Théâtre de Villeneuve Saint-Georges (Val de Marne)
  • Du 7 au 12 novembre 2022 – Théâtre Dunois (Paris)


Théâtre de Belleville–  16, Passage Piver, 75 011 -Paris


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