Nina et les managers

Nina et les managers

Texte : Catherine Benhamou

Mise en scène : Ghislaine Beaudout 

On l’oublie souvent, mais le théâtre peut mener à tout, y compris à former des managers. Partant d’une expérience vécue, la comédienne et autrice Catherine Benhamou nous raconte dans “Nina et les managers”,- une pièce mise en scène par Ghislaine Beaudout-son expérience en entreprise où elle se servit de l’improvisation théâtrale pour inciter des cadres de direction à imaginer d’autres méthodes de management. Une fable ironique, grinçante, parfois glaçante et tout à fait instructive.

De la théâtralisation de l’entreprise…

Comédienne, Nina, aidée par son frère qui en est un des actionnaires, est embauchée par  une entreprise pour former une équipe de futurs managers. Se servir de l’outil théâtral pour improviser des scénarios et imaginer une autre forme “de management dans la tempête” pendant cette période de crise. Les improvisations filmées permettent au directeur et à son assistante de repérer les personnels capables de repousser leurs limites et de trouver de nouvelles directions managériales. Il s’agira ensuite de trouver le manager le plus apte à créer un scénario permettant, par une nouvelle organisation du travail, d’aboutir à des performances à la hausse. De fait, Grégoire et Léa, le directeur et son assistante, qui sont aussi les marionnettes d’actionnaires puissants, tirent les ficelles de tout le processus destiné à favoriser un plan de restructuration tenu secret et visant à faire partir 500 personnes sans avoir à les licencier. Séances de debriefing, jeux de rôles… Nous voilà embarqués dans un “stage” qui joue sur la mise en relation entre deux univers : celui du théâtre qui joue sur le “ comme si…” et la théâtralisation de l’entreprise. Celui qui gagne est le meilleur même si dans la réalité, il frise le burn-out et si l’entreprise envahit sa vie privée. 

Nina et les managers
©Joseph Banderet

Théâtre commercialisé

Nina, la jeune comédienne, interprétée par Adèle Jayle, actrice tout à la fois fragile et déterminée, finit par se laisser façonner malgré elle par la “culture d’entreprise” le temps de la formation. Nina espère un rôle au théâtre. Mécène du théâtre en question, l’entreprise lui permet d’obtenir cet engagement. L’entreprise théâtralisée et manipulatrice devient le miroir d’un théâtre pris dans l’engrenage d’une commercialisation qui met en place la soumission des acteurs. La mise en scène joue sur ce sentiment d’être en porte-à-faux, sur les tensions, la violence même entre les personnages. Le jeu oscille, du côté des dirigeants entre le spectacle via les films enregistrés durant la formation et la docilité des cadres qui la reçoivent. Les spectateurs, pris dans le voyeurisme des dirigeants sur le plateau, finissent par ressentir un malaise réel lorsque les situations les rendent témoins des manipulations de personnes par la direction et les actionnaires. Par un jeu tout en tension, les comédiens soulignent la capacité d’endurance des cadres en formation. Il s’agit de déstabiliser l’adversaire, de prendre sa place et d’utiliser toutes les techniques y compris les plus dures pour obtenir le poste de “Top Manager”. 

Même si Nina ne fait pas partie de l’entreprise, elle finit par accepter, malgré elle, ce jeu du mépris de l’autre, et le formatage des comportements à tous les niveaux de la hiérarchie entreprenariale. La mise en scène de Ghislaine Beaudout et la scénographie de Clara Georges Sartorio s’attachent, dans la juxtaposition des actions, à souligner les mécanismes de manipulations à l’oeuvre. Nina, – personnage évoquant la Nina de Tchékhov dans “La mouette”- qui porte au début de la pièce un regard décalé sur la situation finit par se trouver piégée par la noirceur des managers et menacée de perdition. La scénographie joue sur la nudité d’un plateau  juste meublé de panneaux et de bureaux mobiles et sur la modification des espaces de jeu. Des images filmées évoquent les coulisses d’une entreprise labyrinthique qui intègre les spectateurs et les invite à observer les participants à la formation, filmés comme des rats de laboratoire et sans qu’ils le sachent. “Travailler la nuit et dormir le jour” est la solution adaptée selon le Top manager enfin nommé. Seul et régnant sur un univers déshumanisé qui passe obligatoirement par l’échec des autres. Une solution radicale qui renie ce qui constitue toute humanité et sens de la solidarité. Ces gens sont-ils finalement des loups avec des gueules de moutons ou l’inverse ?

Nina et les managers 

Texte : Catherine Benhamou
Mise en scène : Ghislaine Beaudout 

Assistante :  Désirée Olmi 

Durée : 1 h 30

  • Scénographie : Clara Georges Sartorio 
  • Vidéo : Sébastien Sidaner 
  • Lumière : Raphaël Bertomeu 
  • Création sonore : Vincent Guiot 
Avec : Renaud Danner, Violaine Fumeau, Adèle Jayle, Adrien Michaux 
Du 7 au 25 avril 2022 à 20h sauf le 9 avril à 19h30


Le 100 ECS –  100 rue de Charenton 72012 Paris


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