Théâtre - : "Le poids des fourmis" Texte : David Paquet ,mise en scène : Philippe Cyr

Le poids des fourmis

Texte : David Paquet 
Mise en scène : Philippe Cyr

Avec “Le poids des fourmis”, je ne creuse pas un sillon : je mitraille l’horizon”, nous dit David Paquet, l’auteur québécois de cette pièce où les actions et les paroles s’entrecroisent comme une mécanique qui la construit. Nous passons d’un espace à un autre pour finir sur un plateau en vrac car “réunir les petits, c’est devenir des poids lourds” et créer le désordre ! La pièce sera jouée au Festival d’Avignon. La découvrir représente une magnifique aventure !

L’entraide c’est contagieux et ça mobilise !

Sait-on que les millions de fourmis dans le monde finissent par peser plus lourd que les humains ? Du moins est- ce la certitude que défendent Olivier et Jeanne, deux lycéens adolescents qui cherchent à s’affirmer. Pourquoi pas ? Car l’Histoire a laissé des traces dans ce sens, si l’on pense à “ces petites fourmis” que furent Rosa Parks ou Martin Luther King. Car oui, réunir des millions de petits, c’est devenir des poids lourds et décider de son avenir. Écrite par David Paquet, mise en scène par Philippe Cyr et jouée par quatre comédiens délirants et très émouvants, “Le poids des fourmis” est une pièce drôle et pleine d’émotion qui nous vient tout droit de Montréal. 

Sur Jeanne et Olivier, le monde pèse lourd. Normal, ils traversent l’adolescence et leur conscience les incite à se mobiliser. Jeanne vandalise les pubs qu’elle trouve porteuses de toutes les tares de la société moderne. Quant à Olivier, il fait des cauchemars dans lesquels on brûle sa génération comme une guimauve. Face à eux, leurs professeurs, le directeur du lycée, (“les vieux” quoi !). Pessimistes et usés par la vie, ils se prélassent sur la plage ou désabusés, ils passent leur temps à se plaindre. Le directeur du lycée propose à Jeanne et Olivier de s’engager dans une élection scolaire qui leur permettra de changer certaines choses. Il s’agit d’animer “la semaine du futur”, honteusement sous-financée par une marque de pizzas dont la représentante finira par remporter l’élection au sein de l’établissement.  Olivier et Jeanne sont scandalisés…

Des points de vue qui s’entrechoquent… 

 “Le poids des fourmis”  est une pièce où s’entrechoquent la satire sociale et l’humour acide, mais où dominent aussi l’empathie et la solidarité. Rester debout ou se relever revient pour tous les personnages à trouver une façon de communiquer et d’exister. Jeanne, par son aplomb, inspire le directeur de l’établissement scolaire. La libraire espiègle inspire Olivier à l’action, celui-ci inspirant Jeanne à son tour. L’individualisme est parfois dur et revendiqué, mais se dessine aussi la recherche de la solidarité et de l’unité de la société. Ici, les situations racontées, la vulgarité ou la paresse d’ adultes tristes et sans illusion soulignent le désarroi des plus jeunes que personne ne guide et qui essaient de trouver des issues et des solutions à leur inquiétudes. L’entraide, c’est contagieux et c’est ce qui permet de “devenir des poids lourds” pour changer le monde. Cette pièce écrite, mise en scène et jouée par des artistes québécois nous permet de rencontrer un théâtre où disparaît l’analyse psychologique ou démonstrative des théâtres européens, au profit d’un jeu des acteurs plus physique qui ouvre la dramaturgie vers un cadre précis et toujours en mouvement. Les points de vue s’entrechoquent au contact des corps. La discussion ne porte pas que les mots, mais offre une assise à un jeu physique, rapide et plein d’imagination. C’est, précise le metteur en scène, “une rencontre des corps, des esthétiques particulières, des mots inconfortables et des réalités distordues”. L’école, par exemple, n’a rien de réel, mais sert de prétexte et de cadre aux rapports de force et surtout aux paresses des personnes et des institutions. 

Le questionnement mis en scène 

Le jeu s’impose dans le mouvement, mais souligné aussi par une scénographie vivante, porteuse à la fois de réalité et de rêve. Le théâtre devient ici un lieu de questionnement que soulignent les mots et les situations. Aborder l’eco-anxiété vécue par les jeunes générations, est-ce se condamner au pessimisme ? Comment trouver du repos au coeur de la révolte? La lucidité est-elle porteuse d’inquiétude ou d’espoir? Le texte magnifiquement écrit et la mise en scène vivante et déjantée sont portés par un jeu d’acteurs de deux générations différentes qui nous offrent une ouverture vers des points de vue parfois douloureux, mais jamais tristes. La pièce est une radiographie de nos angoisses collectives, de nos actions parfois inconscientes et dont les jeunes générations se trouvent les héritières. Le regard est lucide, mais finalement, comme le souligne Jeanne, “croire [ que l’on peut] changer le monde peut nous donner envie d’en faire partie, même si pour entraîner le muscle de notre optimisme, on reçoit la terre morte en cadeau”. Ainsi que le souligne les auteurs “au-delà du poids que la société nous met sur le dos, il ya celui que la vie met sous nos pieds. Et ce qu’on choisit d’en faire”.  Et si “L’encyclopédie du savoir inutile” que trimbale partout Olivier finissait par se révéler le livre indispensable pour que la planète continue à avoir une histoire ?


Le poids des fourmis

Prix littéraire 2022 du Gouverneur  Général

Texte : David Paquet 
Mise en scène : Philippe Cyr

Avec : Nathalie Claude, Gaétan Nadeau, Élisabeth Smith, Gabriel Szabo 

  • Scénographie : Odile Gamache 
  • Costumes : Étienne René-Contant 
  • Éclairages : Cédric Delorme-Bouchard 
  • Conception sonore : Christophe Lamarche-Ledoux 
  • Direction technique et régie en tournée :Antoine Breton Rébecca Brouillard 
  • Co-direction artistique :Mario Borges Joachim Tanguay 

Durée estimée : 1h 40


Vu en avant-première à Paris au Théâtre de Paris-Vilette

TOURNEE

Festival d’Avignon Théâtre de la Manufacture – 84000 Avignon 

Du 4 au 21 juillet 2024 Avant-première, 2 juillet à 10h 


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