Théâtre "Le dîner chez les Français de Valéry Giscard d’Estaing" Texte : Julien Campani et Léo Cohen-Paperman

Le dîner chez les Français de Valéry Giscard d’Estaing

Texte : Julien Campani et Léo Cohen-Paperman

Mise en scène : Léo Cohen-Paperman

Une salle comble. Le président Giscard d’Estaing est très attendu ce soir-là… au Théâtre 13 à Paris. Et pour cause, il est invité à un repas chez des Français !…Nous sommes en 1974 et 50 ans après, en pleine campagne électorale 2024, VGE pourrait nous inspirer quelques idées ! Un repas qui commence très bien, qui se finit très mal et qui dure sept ans !…

Huit rois (nos présidents)”

La Compagnie des animaux de paradis – c’est le nom de cette compagnie “d’allumés”  (cela dit en toute sympathie) – ne manque pas d’idées. Sous la direction de Léo Cohen-Paperman et avec la complicité des acteurs et des actrices s’est dessiné un projet bien ambitieux : mettre en scène les huit rois, c’est-à-dire les huit présidents de notre Cinquième République, du Général de Gaulle au président Macron. Les épisodes écrits au fil de l’inspiration ont déjà raconté deux épisodes : “La vie et la mort de Chirac” et [la] “Génération Mitterrand”.

Troisième épisode donc. “Le dîner chez les Français de Valéry Giscard d’Estaing”. Ce soir-là, nous sommes invités, chez les Deschamps-Corini, au réveillon du Jour de l’An, dans une campagne au fin fond de la Normandie. Marie-France et Michel, la fille et le gendre de Marcel et Germaine remarquent deux assiettes supplémentaires sur la table du réveillon. Le petit José, âgé d’à peine deux mois, ne pense qu’à son biberon . On frappe à la porte. Surprise. Deux invités de marque ont été invités (ou se sont invités) en ce 31 Décembre 1974 : Valéry Giscard d’Estaing, Président de la France et Anne-Aymone, son épouse distinguée. Germaine et Marcel, les parents, qui ont contribué à l’élection du Président sont ravis. Marie-France et Michel, enfants de Mai 68, sont plus circonspects mais tout de même flattés que leur famille ait été choisie. Le dîner durera les 7 ans de la présidence de Giscard, de 1974 à 1981. Le bébé deviendra un jeune garçon doué de parole et qui n’a pas la langue dans sa poche, les parents verront leur couple se déliter, quant aux grands-parents, ils finiront dans la joie et la bonne humeur…par se résigner en pensant à leur mort prochaine ! Pour Valéry et Anne-Aymone, le temps passera également …Une heure et demie de spectacle, un temps indispensable pour raconter les aventures d’un septennat…       

Sept ans : le président et son peuple

Tout le spectacle se construit autour d’une métaphore : le rapport du président et de “son” peuple. Léo Cohen – Paperman et Julien Campani qui ont écrit le texte, ne laissent rien au hasard. S’appuyant sur les réalités politiques et sociales de l’époque, ils inventent une fable théâtrale qui raconte aussi une certaine France, qui en sept ans, va devoir s’adapter à bien des changements.  Distants et mal à l’aise, le président, qui se rêve en un Kennedy hexagonal, et son épouse débarquent au milieu d’une famille confrontée à un quotidien banal. La famille Deschamps-Corini représente à elle seule la droite et la gauche. À droite, les parents respectueux de leurs traditions. À gauche, les enfants que se sont rencontrés “en faisant” Mai 68. Les questions ne manquent pas. Comment reçoit-on un président et son épouse ? Comment mange-t-on face à eux? Comment se comporter ? Que dire ou ne pas dire ?…Et quand on est l’épouse du président, comment rester discrète si un besoin pressant se présente et que les toilettes donnent dans la salle de séjour ?…Entre les plats, de la soupe de cresson à la teurgoule de Janville, sous une croix chrétienne, les sept ans du “règne” de Giscard se déroulent alors que le petit José grandit. Tout y passe : la crise consécutive aux chocs pétroliers, l’apparition du chômage de masse, l’autorisation de l’IVG, le divorce par consentement mutuel, la majorité à 18 ans…Un nouveau plat arrive avec une année nouvelle. Les Deschamps-Corini font de grands efforts pour ne pas déplaire à leurs prestigieux invités. Valéry et Anne-Aymone essaient de s’adapter à ce milieu français qui leur est totalement étranger… 

Le pouvoir et la place des générations

Le mouvement de la pièce est donné de façon très claire par le metteur en scène. “L’objectif sera de faire “péter un câble” au spectacle (…) la pièce raconte une soirée extraordinairement joyeuse qui se transforme en rituel d’expiation collective, avec pour victime un Président changé en roi de carnaval.” Autour de l’évocation précise du septennat de Giscard, la qualité du spectacle tient à une écriture inventive qui s’appuie sur un groupe d’acteurs excellents et libres dans leur jeu. La réalité politique des sept années de présidence soulignée dans la pièce se base aussi sur le travail d’improvisations des acteurs pour la création des personnages. La fonction officielle du couple présidentiel se heurte à la simplicité et à la maladresse de ces “gens du peuple”. Giscard et son épouse finissent par perdre de leur réalité pour se transformer en un couple de théâtre qui laisse apparaître une certaine tendresse, soulignée par une maladresse qui le rend humain, ridicule et parfois émouvant. Même lorsque ce président, farouche défenseur d’une certains modernisation de la fonction présidentielle, nous quitte sur cet au revoir maladroit, solennel et grotesque. 

Dans ce repas chez les Français, on se promène dans les années 70 en chansons. On oscille entre “la balade des gens heureux” qui croient aux promesses et aux cadeaux apportés par des ”rois de Galilée”. On passe par Alexandrie sur les pas de Claude François en construisant l’Europe. Auteurs, metteur en scène et comédiens du haut de leur quarante ans, nous racontent à travers cet épisode une étape des Trente Glorieuses en s’amusant comme des fous. Ils jouent l’histoire de leurs parents et de leurs grands parents vécue pendant leur enfance ou imaginée sur le plateau de théâtre. À travers le rire et le plaisir des situations théâtrales partagées, se profile en filigrane cette notion du pouvoir politique qui se résume souvent à une seule question : “ qu’est-ce qu’une promesse politique qu’on ne peut pas tenir ?” La réponse viendra peut être avec la suite des épisodes de la série sur “Les huit rois (nos présidents)”. Pour l’instant, la Compagnie des Animaux de Paradis en a écrit trois épisodes. Les épisodes concernant les cinq présidents restants sont déjà en préparation. Nous les attendons avec impatience !


Le dîner chez les Français de Valéry Giscard d’Estaing

Épisode 3 de la série théâtrale : “Huit rois (nos présidents)”

Texte : Julien Campani et Léo Cohen-Paperman et la complicité des actrices et acteurs

Mise en scène :Léo Cohen-Paperman

Avec: Pauline Bolcatto en alternance avec Hélène Rencurel, Julien Campani, Philippe Canales en alternance avec Robin Causse, Clovis Fouin en alternance avec Mathieu Metral, Joseph Fourez en alternance avec Pierre Hancisse, Morgane Nairaud en alternance avec Lisa Spurio, Gaia Singer  

  • Scénographie : Anne-Sophie Grac
  • Costumes : Manon Naudet
  • Assistanat scénographie et costumes : Ninon Le Chevalier
  • Lumières : Léa Maris
  • Création sonore : Lucas Lelièvre
  • Assistante à la mise en scène : Esther Moreira
  • Stagiaire dramaturgie : Inès Kaffel
  • Maquillage et coiffures : Pauline Bry

Durée estimée : 1h 30


Théâtre 13 / Glacière  75 013 Paris

Épisode 3 : Le dîner chez les Français : Les 13, 17, 19, 21, 24, 26 et 28 juin à 20h

Episodes 1 et 2 : La Vie et la mort de J. Chirac, roi des Français et Génération Mitterrand: les 14, 18, 20, 25 et 27 juin à 20h

Intégrales : les samedis 15, 22 et 29 juin à 16h 


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