La Noce  

Texte : Bertolt Brecht

Mise en scène : Olivier Mellor  

Dix ans après avoir monté “Dialogues d’exilés”, La Compagnie du Berger revisite l’univers de Brecht en montant “La Noce”, un de ses premiers textes, publié cinq ans après sa mort en 1961. À l’heure où Brecht écrit “La Noce”, il n’a pas encore opté pour la distanciation. À cette époque, il est alors poète de cabaret, essaie de se faire reconnaître influencé par son ami Karl Valentin, chansonnier et auteur comique. Cette pièce de jeunesse de l’auteur à l’humour assassin rend déjà compte d’une société en rupture de sociabilité qui marquera la suite de son oeuvre.

Un mariage tranquille

Alors que le public s’installe dans la salle, ils sont déjà sur le plateau. Dans un coin, une musique insipide provient d’un orchestre qui a l’air de s’ennuyer. Au centre du plateau, c’est la fin d’un repas de mariage, les invités ont bien bu, certains sont quelque peu somnolents, d’autres rient bruyamment. Ce début dure un certain temps et les spectateurs sont à leur tour embarqués dans cet ennui, espérant qu’il se passe quelque chose au plus vite. Sous la direction d’Olivier Mellor qui assure une mise en scène chorale, le jeu physiquement engagé de tous les acteurs il faut toujours se méfier de cette pseudo tranquillité. 

Un théâtre choral, musical et engagé

Les mariés et leurs invités ont revêtu leurs habits de fête, les parents de la mariée ont prévu un repas de noce digne de ce nom, l’ami a préparé un beau discours, l’orchestre assure une animation correcte. On rit, on chante, on boit et on dit des blagues, on s’ennuie un peu, mais tout a été si bien organisé que la noce ne peut être que réussie ! Pourtant sous la plume de Brecht, il faut se méfier : la Mariée a quelque chose a cacher, le Père force un peu sur la bouteille, l’ Ami est un grossier personnage et la Soeur est jalouse! 

Peu à peu, les clans se forment, la boisson monte à la tête, les propos, les gestes se font plus lestes et les rires plus gras. Chaque conversation devient sujette à caution, outil de polémique pour les uns ou les autres. La table se partage en clans : d’un côté les rigolards, de l’autre ceux qui essaient de conserver un semblant de dignité à la cérémonie ou les jeunes qui décident de s’isoler pour mieux se connaître. La mariée tente de continuer à attirer l’attention de son mari qui s’intéresse à la femme de son ami en bout de table. Dans leur coin, les musiciens que l’on n’entend pas commentent, rient et n’oublient pas de boire. 

De ratés en catastrophes …

Les ratés et les catastrophes qu’on essaie de minimiser se succèdent d’abord discrètement avant que l’on en vienne aux mains et aux mots blessants. Grossièretés, vulgarités se multiplient. Les insultes fusent, les reproches torturent et soulignent les faiblesses.  La mise en scène s’appuie sur un théâtre choral et sur un espace qui se transforme en un huis clos de furie. Les meubles construits par le mari très fier de son travail, deviennent les symboles de cette destruction en se cassant la figure au fur et à mesure qu’on les touche et en fracassant “l’intérieur bien à eux” des nouveaux mariés. 

Les maquillages blancs des acteurs s’effacent, les coiffures se défont, les costumes, habits de fête, se déchirent, effaçant l’effort de sociabilité du début de la pièce. La partie musicale en live sur le plateau ajoute à la fête une tonalité ironique qui rejoint à la fin un humour noir sans concession. Dans cette explosion totale des situations et des enjeux, la mise en scène d’Olivier Mellor ne laisse rien au hasard. La direction des acteurs construit la tension dès le début de la pièce, à travers des échanges de regards, les postures silencieuses des personnages concernés  qui les feront parvenir à l’explosion finale. 

L’espace ouvert des débuts de la pièce devient à la fin “une sorte de bocal de poissons carnivores de la même espèce qui s’entre dévorent”. Les mots peuvent tuer, les silences exprimer les tensions et devenir définitifs. La pièce se termine sur un espace totalement détruit. Confronté à cet envers du décor explosé, le couple devra remettre de l’ordre, reconstruire, histoire d’y retrouver un semblant de sens pour pouvoir continuer. “Finalement , la noce, ça ne fait que des saletés et du boucan !” 

La Noce - théâtre
© Ludo Leleu


La Noce 

Texte de Bertolt Brecht

Traduit de l’allemand par Magali Rigaill (Editions de l’Arche) 

Mise en scène:  Olivier Mellor 


Avec:  Fanny Balesdent, Marie Laure Boggio, Emmanuel Bordier, Marie-Béatrice Dardenne, François Decayeux, Françoise Gazio, Rémi Pous, Stephen Szekely, Denis Verbecelte 

Musiciens : Séverin “Toskano” Jeanniard (contrebasse), Romain Dubuis (piano), Olivier Mellor (batterie) 

Son : Séverin Jeanniard 

Lumière: Olivier Mellor 

Costumes : Bertrand Sachy 

Maquillages :  Karine Prodon 

Scénographie :  Olivier Mellor, François Decayeux, Séverin “Toskano” Jeanniard avec le concours du Collectif La Courte Echelle 

Graphisme :  Jef Benech’ 

Photos : Ludo Leleu 


Durée estimée 1h 50


Vu  en Octobre 21

THÉÂTRE DE L’ÉPÉE DE BOIS – Cartoucherie de Vincennes

TOURNEE 21-22

Mer 10 nov 2021 / 20h30 : Le chaudron – Scène des étudiants-  Amiens (80) 

Ven 19 nov 2021 / 20h30 : CSC Etouvie-  Amiens (80) 

Ven 3 dec 2021 / 20h30 : Rollmops Theatre-  Boulogne sur Mer (62) 

Jeu 9 dec 2021 / 14h et 20h30  : Studio-Theatre- Abbaye de Saint Riquier (80) 

 

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