théâtre - Jacques de Bascher

Jacques de Bascher

Texte: Gabriel Marc

Mise en scène : Guila Braoudé

Il avait tout pour réussir disait-il et pourtant … Son univers ? Les boîtes de nuit où le temps  s’étire et finit par ne plus exister. Il circulait toujours dans le sillage du couturier Karl Lagerfeld. Souvent en arrière-plan sur les photos, il jouait le rôle de l’observateur, de loin et pourtant toujours là. 
Son nom : Jacques de Bascher de Beaumarchais, compagnon de Lagerfeld, qui eut aussi une relation passionnelle avec le couturier Yves St Laurent. 
“Combler les manques” a été la démarche de Gabriel Marc, auteur et interprète de  “Jacques de Bascher”. Mise en scène par Guila Braoudé la pièce, s’inscrit dans une beauté tragique construite autour d’une intimité sans ostentation .   
théâtre - Jacques de Bascher
@ Fabienne Rappeneau

La séduction ? La plus drôle des distractions

Dans un décor d’appartement encombré, il avale un verre d’alcool après l’autre. Terrifié, il vient d’apprendre qu’il est porteur du VIH. Et comment faire face à la mort à l’âge de 33 ans? Nous sommes en1984. L’homme est Jacques de Bascher, un homme tout à coup confronté au spectre de la mort. Terrifié par les symptômes qui apparaissent déjà sur son corps, il laisse un message après l’autre en téléphonant à son compagnon, le couturier Karl Lagerfeld.

De Bascher, dandy notoire des nuits parisiennes, fait en même temps le constat que tout le Paris mondain lui tourne le dos. Côtoyant la création artistique, il s’est toujours positionné en retrait tout en étant un compagnon drôle et remarqué dans les soirées. Jacques a construit le personnage de Jacques chaque matin et a peaufiné son apparence en choisissant avec soin ses costumes, la couleur de ses chemises, l’élégance de ses chaussures ou en parant d’extravagance ses comportements. Face à la réalité de la maladie tout à coup, les paillettes s’envolent et perdent leur éclat.
Lagerfeld a décrété un beau jour qu’il ne ferait plus l’amour avec Jacques, qu’il mettrait une distance tout en continuant à le considérer comme sa muse. Karl Lagerfeld apprécie pourtant la vaste culture littéraire de De Bascher, son impertinence, son allure aristocratique et sa façon de s’habiller. En apprenant qu’il est atteint du VIH, laisser une trace à Karl, l’homme qu’il aime depuis ses 20 ans, devient pour Jacques une urgence. Il ressort les bandes magnétiques qu’il a enregistrées tout au long de sa vie, racontant les uns, se moquant des autres et exprimant une vision du monde parfois drôle mais souvent désespérée. L’appartement qui a été un lieu de plaisir, de rencontres parfois douteuses ou trash, il devient un antre où les souvenirs reviennent, où les fantômes des gens aimés continuent de circuler.

théâtre - Jacques de Bascher
@ Fabienne Rappeneau

Le travail d’auteur de Gabriel Marc a consisté à dévoiler les secrets de cette intimité en tenant compte de cette fragilité soigneusement cachée. L’homme ne parvient plus à trouver sa place et c’est dans la solitude d’un appartement déserté que l’amoureux délaissé et névrotique prend la parole.
La pièce construite comme une tragédie souligne les peurs de cet homme toujours entouré et dont la vie risque de se terminer dans la banalité et le silence, loin de l’esprit de séduction qui l’a toujours animé. Point central des nuits de la décennie incroyable des années 70-80, Jacques de Bascher se perçoit ici sans talent particulier contrairement à Karl Lagerfeld et à Yves Saint Laurent, ces hommes aux talents affirmés et au centre de sa vie amoureuse. La mort en perspective, il réalise la vacuité d’une vie construite autour de fêtes mondaines, bâtie sur insolence et l’inconscience.

théâtre - Jacques de Bascher
@ Fabienne Rappeneau

Une mise en scène et une interprétation tout en nuances

À travers certaines des hallucinations et des états d’âme de De Bascher, le plateau devient un espace de jeu où se projettent nos imaginaires. Progressivement, le costume de scène tombe, De Bascher se met à nu, délivre son histoire, la vraie histoire hors norme, hors clichés, vécue pendant 18 ans avec Karl Lagersfeld dont l’attitude l’a blessé, mais qu’il ne cesse d’aimer.
La mise en scène de Guila Braoudé tourne autour du refus de Karl Lagerfeld, vécu comme une insulte par cet homme qui est et reste l’amant le plus séduisant de Paris. Entretenu par Lagerfeld Jacques n’a pourtant rien d’un gigolo. Devenu un amoureux délaissé, il a fini par tomber dans l’image d’un bourgeois aristocrate qui vit dans le luxe. Même s’il reste la muse du créateur, il doit se contenter de ce privilège et de la fidélité de celui-ci. La perspective du sida qui se profile dans l’avenir n’est pas la seule terreur de Jacques qui se meurt aussi d’amour.

Pourtant, au-delà de la fatalité de la mort qui se profile, Gabriel Marc dans son texte et son interprétation, Guila Braoudé dans sa direction d’acteur soulignent la tendresse, le sens de l’humour, l’autodérision et le cynisme toujours jouissif du personnage. Il conserve son regard sans concession , en continuant à travers des portraits au vitriol et un humour mordant, à décrire la platitude de ces gens qui fréquentent le milieu de la mode.
Enregistrant son histoire sur des dizaines de cassettes pour Karl et accompagné jusqu’au dernier jour par ce dernier qui resta le grand amour de sa vie, Jacques De Bascher s’éteint à l’âge à 38 ans. “Je sais que que je ne sais rien faire et que j’essaie de le cacher (…) avec ces belles phrases, ces belles chemises ces beaux sourires. J’ai essayé de peindre, d’écrire, de faire des photos, de dessiner. Rien.(…) Je sais qu’un artiste est libre (…) et quand il disparaît, on contemple encore et encore son oeuvre. Moi qu’est-ce que je vais laisser ?”

Sur cette question douloureuse, dans une sorte de ballet provocant, dans un dernier éclat de rire, il laisse le témoignage d’une époque et d’un monde dans lequel il a fini par se brûler les ailes.


Jacques de Bascher
Texte : Gabriel Marc
Mise en scène : Guila Braoudé


Interprétation : Gabriel Marc

Durée estimée : 1 h 20 Environ


  • Assistante mise en scène : Cécile Covez
  • Chorégraphie : Julien Mercier

Jusqu’au 8 janvier 2023
Vendredis à 19h
Samedis à 18h30
Dimanches à 20h30 *

Relâche le vendredi 18 novembre
* Horaires différents les 24, 25 décembre et 1er janvier

Théâtre de La Contrescarpe
5 Rue Blainville
75 005- Paris

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