Texte : Philippe Sabres et Jean-Pierre Andréani

Mise en Scène : Jean-Pierre Andréani

Rabelais mis en scène de Jean-Pierre Andréani

François Rabelais

François Rabelais, Portrait d’un homme qui n’a pas souvent dormi tranquille

Texte : Philippe Sabres et Jean-Pierre Andréani
Mise en Scène : Jean-Pierre Andréani

Rabelaisien ? Tout le monde connaît le mot même sans jamais avoir lu une seule ligne des écrits de François Rabelais dont le nom a fait naître l’adjectif. On sait que le mot a à voir avec une certaine truculence de la langue, avec le rire et la plaisanterie souvent osée. Dans notre univers dominé de plus en plus par le virtuel, redécouvrir Rabelais est un vrai cadeau que nous offrent, sur la scène du théâtre de l’Essaïon à Paris, les auteurs Philippe Sabres et Jean Pierre Andréani en complicité avec les comédiens, Philippe Bertin et Michel Laliberté. Une approche originale, puisque, dans leur pièce, François Rabelais est un homme qui n’a pas souvent dormi tranquille.  
 

“Guerre picrocholine”, “moutons de Panurge”, “abbaye de Thélème”, “ dive Bouteille”, “substantifique moelle”… autant de traces que les aventures des personnages inventés par Rabelais ont laissées dans la langue. Des traces si profondes que l’auteur a fini par disparaître derrière les géants qu’il a imaginés et mis en scène. Moine, médecin et humaniste, Rabelais aurait pu mettre ses pas dans ceux de son père, avocat au siège royal de Chinon et apparenté aux plus grandes familles de sa province. Il choisira par ses écrits de défendre la liberté de la pensée. C’est à travers des personnages hors normes qu’il ouvrira la porte à une langue faite de truculence, de verve  et de fantaisie.

Rabelais ne s’interdit ni les détails scatologiques, ni les obscénités. Jeux de mots, galimatias, jurons, allégories et symboles, il forge les mots, les déforme, les combine: sous sa plume, la langue française, explose de liberté. Ah ! Ventrebleu ! Quel bonheur que de replonger dans l’univers de Rabelais, de se souvenir des portes qu’il a ouvertes pour imaginer d’autres règles à la langue parlée dans la France de la Renaissance !

Rabelais mis en scène de Jean-Pierre Andréani
©Laurent Schneegams

Dans les pas des géants

An 1546. La pièce de Philippe Sabre et Jean-Pierre Andréani commence cette année-là. François Rabelais, accusé de publier des ouvrages blasphématoires, est poursuivi par un Docteur de la Sorbonne et menacé du bûcher. Rabelais tourne le docteur en ridicule. Son ami Clément, médecin tout comme lui, tente de le raisonner et lui propose de fuir. Rabelais s’insurge et affirme qu’il veut par ses écrits continuer de pourfendre l’hypocrisie et la bêtise, imposer à la France de son époque une langue neuve et vivante qui traque les traditions et les interdits et remet en question le latin et le grec imposés par la Sorbonne. Il imagine des personnages légendaires, drôles et démesurés, inventifs et batailleurs, qui tournent en dérision la bienséance et les règles imposées par les siècles. Pourtant la fantaisie que Rabelais invente et fait vivre à ses personnages, est loin de sa vie personnelle. Même protégé par le roi François 1er, il est traqué pour ses écrits. Sa préoccupation permanente est de chercher des protecteurs puissants…Il finit par devenir un médecin errant en France et en Italie, certes protégé par la famille du cardinal Du Bellay, mais qui encourt la censure de la Sorbonne et même la mort .

Rabelais mis en scène de Jean-Pierre Andréani
©Laurent Schneegams

L’urgence de la cavale

Sans la mise en scène de Jean-Pierre Andreani tout en mouvement où un jeu de nappes, et quelques rares accessoires, indiquent les différents lieux et marquent l’action, sans le jeu éblouissant et plein d’imagination de Philippe Bertin et Michel Laliberté, l’histoire de ce Rabelais en quête d’une nuit au sommeil tranquille n’aurait pas cette fantaisie qui surprend le spectateur et l’attache à ce Rabelais en fuite. Deux acteurs pour jouer sept personnages. Dans un carrousel infernal, les changements de costumes et de décors se font dans une temporalité quasi immédiate. Dans cette fuite incessante, l’histoire de Rabelais s’accélère et finit par ressembler aux aventures de Pantagruel ou Gargantua. On passe d’une rencontre avec une fille de joie à une soirée de rires bien arrosée avec le cardinal Du Bellay. La réalité et les inquiétudes de la fuite précèdent la folle sarabande qui entraîne l’auteur épuisé vers la maison de son ami Clément qu’il retrouve six ans plus tard après sa fuite. Il s’endort et un rêve le conduit à une sorte de folie où tous les personnages qu’il a créés l’entraînent dans un tourbillon irrésistible.  La fin de la pièce met en scène ce Rabelais usé et découragé. Comme pour le réveiller et le consoler, l’ami Clément évoque la guerre Pichrocoline que les deux hommes se mettent à relire ensemble. Sous nos yeux les deux amis réinventent et mettent en scène les réjouissantes aventures de Gargantua et Pantagruel.

Mots inventés par dizaines et forgés à chaud, pétris dans la matière des songes, sons échappés, paroles d’injures piquantes, sorties tout droit du bouillon des livres…La petite scène du théâtre s’ouvre alors et nous entraîne ailleurs, dans des espaces à la taille du monde. Les mots hurlés, gesticulés deviennent des armes contre la bêtise et nous entraînent dans une cavale où les calomniateurs sont des diables privés de cette parole vivante.

La complicité et le libre jeu des acteurs est sans doute le meilleur atout de ce spectacle à ne pas rater. Dans la fureur et la liberté de l’imaginaire des mots, l’espace de la scène se transforme en un banquet, une fête et un carnaval où le rire finit par défier l’angoisse et la mort.

François Rabelais

Portrait d’un homme qui n’a pas souvent dormi tranquille 

Texte : Philippe Sabres et Jean-Pierre Andréani
Mise en Scène : Jean-Pierre Andréani 
Avec : Philippe Bertin & Michel Laliberté

Durée : 1H30 environ 

Théâtre Essaïon6 Rue Pierre au Lard – 75 004 Paris 

Du 21 Janvier au 4 Avril 2022 – Vendredi , Samedi 19 h15

Du 10 Mars au 2 Avril / Jeudi 19 h15


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