Texte : Naomi Wallace

Traduction:  Dominique Hollier

Mise en scène : René Loyon

Et moi le silence - théâtre à L'Épé de bois

Et moi, et le silence

Texte de Naomi Wallace

Traduction: Dominique Hollier

Mise en scène : René Loyon

Quelque-part aux Etats-Unis dans les années cinquante…Les indications de Naomi Wallace, née en 1960 aux Etats-Unis, et auteure de “Et moi, et le silence” sont volontairement minimales. Pourtant elles sont suffisantes pour évoquer la ségrégation et la violence que cette période suppose. La pièce, dans une mise en scène de René Loyon, joue sur des allers et retours entre deux époques différentes, mêlant poésie et violence, les grands thèmes politiques et sociaux de la période et les méandres de l’intime.   

Réussir en découvrant le froufrou du chiffon…

Une chambre sobrement meublée d’un lit de fer, d’une table, de tabourets déglingués et éclairée chichement. C’est là que vivent la jeune noire Jamie et la jeune blanche Dee. Nous sommes dans les années 50 et toutes les deux se sont rencontrées en prison. Le lien né entre les deux filles devient très vite une amitié passionnée qui vire à la complicité amoureuse. Une amitié qui leur donne envie de poursuivre la route ensemble à leur sortie de prison. Elles se rêvent en domestiques et dès lors, dans leur cellule, Jamie apprend à Dee à découvrir “le froufrou du chiffon” qui leur permettra de devenir des bonnes exemplaires. Après neuf ans d’emprisonnement, elles vivent dans une grande ville et partagent le même logement sordide. Leurs rêves pourtant bien modestes se heurtent au mépris de leur condition sociale et surtout à la ségrégation qui les empêche de vivre et de travailler ensemble.     

Et moi le silence - théâtre à L'Épé de bois
© Nathalie Hervieux

Du corps humain au corps social 

Le texte de Naomi Wallace joue entre deux époques, celle de l’emprisonnement et celle de la vie à la sortie de prison. René Loyon construit sa mise en scène sur un décor unique qui représente la cellule de la prison et le logement sordide que les jeunes filles habitent à leur libération. La pièce commence à ce moment : les deux jeunes filles font l’expérience des duretés de la ségrégation dans l’Amérique des années 50. Sarah Labrin et Morgane Real jouent respectivement Jamie et Dee dans le passé alors que Juliette Speck et Roxane Roux jouent les mêmes rôles dans le présent. Quatre comédiennes pleines de vie et d’imagination, au jeu précis et émouvant qui nous font passer par leur aisance remarquable entre les deux époques. .  

La subtilité de la mise en scène de René Loyon s’appuie essentiellement sur le jeu des quatre actrices dans ce lieu unique. Lorsque celui-ci représente la cellule de la prison, s’exprime un quotidien difficile, mais les rêves qui habitent les jeunes filles en font un espace de liberté. Lorsque le lieu devient l’appartement que les jeunes filles habitent après la prison, aller et venir à l’extérieur est possible, mais les violences de la ségrégation le transforment en un lieu d’enfermement où les rêves s’étiolent peu à peu. Les allers et retours entre les deux époques pointent les injustices sociales, dénoncent la brutalité des rapports de classe et le racisme obsessionnel, donnant à cette relation impossible la forme d’un miroir brisé.

D’une époque à l’autre, les quatre comédiennes incarnent par leur corps le questionnement violent de Jamie, “l’afro-américaine” et de Dee, “la blanche”. Les corps en mouvements dansent, hurlent ou jouent et finissent par se faire l’écho du corps social qui hurle, se cabre et surtout limite. Les mouvements et les paroles des jeunes filles expriment leur sentiment d’injustice, la douleur d’une séparation possible, mais leur envie d’échapper à la pauvreté, de donner un sens à leur vie les rendent émouvantes et les ramènent à une enfance perdue. Alors que tout les condamne à n’ être rien, elle essaient sans relâche de “devenir quelqu’un”.  

Naomi Wallace, par la musicalité et la poésie de la langue dans son écriture et René Loyon, dans sa direction d’acteurs et la sobriété de sa mise en scène, rendent compte de la détresse des jeunes femmes. La fantaisie, la cocasserie des situations, les mots qui s’enchaînent relèvent souvent de la croyance enfantine, cassent  la violence et éloignent  la réalité enfermante des situations sociales.  La pièce met aussi en question le rapport au théâtre. Dans les passages où les jeunes filles jouent les maîtres, on pense aux bonnes de Jean Genet ou à ces jeux enfantins où on fait comme si… “pour exorciser la fascination qu’on peut avoir pour “ceux qui ont réussi” et pour être juste ce que l’on est. 

La lumière devient de plus en plus “sale” sur la scène, éteignant peu à peu la lumière intérieure des deux jeunes filles et l’avenir dont elles ont rêvé. Les violences ont gommé les espoirs imaginés et ont reconstruit dans la vie “à l’extérieur”, les murs de la prison. Mourir pour rester ensemble et abolir l’interdiction. Ne pas accepter les règles imposées par la ségrégation, répondre juste à cet engagement pour la liberté. 

Et moi et le silence  

Texte de: Naomi Wallace

Traduction : Dominique Hollier  

Mise en scène:  René Loyon

  • Dramaturgie : Laurence Campet 
  • Scénographie : Nicolas Sire 
  • Lumières : Laurent Castaingt 
  • Costumes : Nathalie Martella 
  • Musique : Aguirre 


 Avec : Sarah Labrin, Morgane Real, Roxanne Roux, Juliette Speck 

Durée : 1H 15 

Théâtre de l’Épée de bois – Cartoucherie- 75 012 Paris

Du 3 au 20 mars 2022 – Jeudi, Vendredi à 21h- Samedi à 16h30 et 21h – Dimanche à 16h30 

TOURNÉE    : Du 29 mars au 3 avril 2022 – Les Célestins – Théâtre de Lyon 


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