Derrière le hublot se cache parfois du linge Théâtre, création collective : Les Filles de Simone

Derrière le hublot se cache parfois du linge

Création collective : Les Filles de Simone

Direction d’actrices et d’acteur : Claire Fretel

Au centre du plateau, une machine à laver à hublot… où se cache parfois du linge annonce le titre !…Mais que cache réellement cet objet domestique et symbolique sans doute derrière son hublot ?  Un couple qui l’utilise !… 
Et sur la question Les Filles de Simone ne manquent pas d’imagination. Toujours inspirées par un théâtre militant qui pose en permanence le principe de l’égalité entre les hommes et les femmes, jouant avec l’humour et le dérisoire des situations, les deux dames et le seul monsieur sur le plateau ont bien des choses à nous apprendre ! …

Le couple ? Un modèle à revoir !

Derrière le hublot se cache parfois du linge Théâtre, création collective : Les Filles de Simone
© Christophe Raynaud de Lage

Deux femmes sur le plateau et un seul homme à bord …en peignoir de bain. Se passant un micro, ils s’empressent à tour de rôle de prendre et de se couper la parole, apostrophent le public et s’agitent dans tous les sens sur un plateau en désordre. De quoi parlent-ils ? Ils essaient nous disent-ils “de trouver des solutions pour [faire évoluer] le modèle archaïque du couple figé dans le code napoléonien !”. Rien que ça !
Comme chacun le sait “l’homme rêve de grands espaces” et “la femme est une entrave à sa liberté”. Pourtant tout le monde continue de rêver au couple idéal !
Et la bonne volonté ne manque pas, s’aimer mieux, autrement on en rêve tous, mais comment faire quand il faut gérer la cohabitation et les enfants, tout en essayant de correspondre à l’image que l’éducation nous a donné du couple hétérosexuel ? Car le problème lié à la différence sexuelle, infléchi par les principes et le respect du modèle patriarcal, est à la base de l’inégalité du couple, nous démontrent les Filles de Simone. Rendez-vous compte ! Les rôles sociaux à jouer, l’inégalité du travail, l’image proposée à la petite fille et au petit garçon…tout est là pour figer l’imagination et le développement libre des partenaires dans le couple. On nous assène encore que l’homme est un être humain à part entière qui peut exprimer ses désirs et les suivre. La femme est son complément dont la fonction est de mettre au monde des enfants et de favoriser la stabilité du couple !

Derrière le hublot se cache parfois du linge Théâtre, création collective : Les Filles de Simone
© Christophe Raynaud de Lage

L’amour en ménage

De quelle façon établir une série de situations qui interroge le système “hétéronormé” pour définir l’égalité du couple ? Développant une l’argumentation ”scientifique” et argumentée, deux comédiennes des Filles de Simone ont invité André, l’homme-témoin, à disséquer les situations et surtout à les jouer. Le but est d’essayer de mettre en place une pédagogie qui place chacun à égalité. La vaisselle, la lessive, l’organisation des responsabilités et le partage des taches… Le plateau de théâtre devient l’espace de l’entraînement au réel du couple. Chaque situation est mise en jeu et interroge le système patriarcal qui définit et conditionne dans la tête de chacun son rôle dans le couple : de la tasse qui traîne sur la table (pour madame) à la libido en berne (pour monsieur…et madame), en passant par la lessive à faire (pour madame).

Chaque situation est passée au crible sous la forme d’une thérapie censée organiser une autre façon de faire. L’amour en ménage ne s’en sort pas si bien que ça !…Les propositions de jeu alternent entre les situations dans le couple et les discours explicatifs du sociologue ou du couple. Le ton cocasse et le traitement des personnages évoquent parfois la bande dessinée.

Le public devient le témoin des désirs refoulés où chacun se bat avec ses émotions, tait ses besoins et se débrouille comme il peut, se partageant entre la mauvaise foi de l’autre et la sienne. La question devient de plus en plus précise. Pourquoi continue-t-on, majoritairement, à vouloir “ se mettre en couple “ et à quel prix le fait-on ? Quelle est la réalité du couple et comment se sortir des injonctions liées à la féminité, la masculinité? Comment s’y retrouver dans tous ces principes liés au patriarcat ? Incompréhensions…tiraillements ….

Derrière le hublot …de la mise en scène

Le texte écrit par Les Filles de Simone ne parle pas de la rencontre amoureuse ou de la rupture. Il raconte ce qu’il se passe “au milieu”, après le premier pas idyllique ou la possibilité du scénario fatal. L’écriture est vivante, les arguments proposés pleins de subtilité, pourtant parfois le jeu se ralentit en raison de la répétition de certaines situations et du discours qui en découle. On ne s’ennuie pas une minute, mais me semble-t-il, la proposition de l’écoute du désir de l’autre et de l’ouverture vers une égalité possible dans le couple arrive trop tard. Située dans la dernière scène du spectacle, peut-être aurait-il été intéressant de la voir se profiler par touches successives tout au long de la pièce.
Mais ne gâchons pas le plaisir procuré par le jeu rapide des comédiens basé sur le tac-au-tac des répliques et la mise en place immédiate d’accessoires dans un lieu unique, qui, à chaque changement, renouvelle le décor. Utilisant la scénographie astucieuse d’Emilie Roy dans toutes les directions, La mise en scène et la direction d’acteurs de Claire Fretel est précise et pleine de trouvailles. Les trois comédiens passent d’une situation et d’un univers à l’autre avec un plaisir manifeste, maintenant le public, par leur jeu inventif, dans une réceptivité constante.
Comme elles le font toujours d’un spectacle à l’autre, dans une volonté féministe et insolente, mais qui n’élimine pas dans cette pièce le regard masculin, Les Filles de Simone entrecroisent la réalité de la scène domestique et la transposent sur la scène de théâtre. Ce linge lavé en public, sur un ton décalé, frisant parfois l’impudeur sans choquer, est aussi un acte politique plein d’humour et de cocasserie.


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