A bright room called day,

Une chambre claire nommée jour

Texte : Tony Kusshner

Mise en scène :  Catherine Marnas

 Traduction : Daniel Loayza.

Berlin, 1932-1933… New York 1985 … Aujourd’hui… Trois périodes qui se parlent, interrogent le temps, l’espace, l’histoire…Si on connaît en France "Angels in America", on connaît moins les autres pièces de l’Américain Tony Kushner. Se souvenant de la fascination qu’elle en a eu, Catherine Marnas a redécouvert "A bright room called day" (une chambre claire nommée jour), un des premiers textes de l’auteur. Sa mise en scène portée par des acteurs très jeunes, nous entraîne dans un délire festif, vers un cabaret des désillusions, celles de tout pouvoir politique… 
   

Vision politique et force théâtrale

Alors que les spectateurs s’installent, discrètement les comédiens arrivent au centre du décor, une immense pièce aux murs très hauts peints dans les tons rosés, l’intérieur d’un appartement dans une décoration des années 30. Avachis sur un canapé ou à même le sol, une musique de jazz en fond sonore, garçons ou filles semblent avoir bien bu. Nous sommes à Berlin et nous sommes le 1er Janvier 1932.

L’appartement lumineux est le lieu squatté en permanence par cette bande d’amis. Artistes et intellectuels , ils y font la fête, s’aiment ou se quittent tout en analysant les évènements qui se déroulent autour d’eux dans leur pays ou en Europe. Ce qui ne les inquiète pas outre mesure. On se moque d’Adolf Hitler qui n’arrivera jamais au pouvoir, on milite pour la cause du peuple et on se sent paré pour un avenir radieux en dépit des mouvements fascistes qui se mettent en place en Allemagne ou ailleurs en Europe.

L’appartement devient le personnage le plus important de la pièce et permet le glissement vers demain dans un espace en marge, dominé par des photos projetées des années 30 jusqu’à l’avènement d’Hitler et la disparition de la République de Weimar. Sur cet espace, règne une jeune punk new-yorkaise dans les années 80, sous la présidence de Ronald Reagan. Plus tard apparaît l’auteur lui même, circulant sur l’ensemble des espaces et s’inscrivant dans chaque époque. Il vient nous parler de Donald Trump et de son influence dans les années 2020. 

La déformation de l’espace de jeu met en place une perspective où se télescopent à toutes les époques, les glissements progressifs des démocraties fragiles vers les systèmes totalitaires.   “Quitter cet appartement c’est quitter son confort, la sécurité affective du groupe. Quitter la lumière, « bright », pour plonger dans l’obscurité de l’époque…”. L’espace de l’appartement est un lieu réel dans les années 30 et devient une perspective fantasmée dans les années 80 et 2020.  

Une fête ? Un cabaret ? Un cauchemar ? Une épopée politique ?

À un moment où aujourd’hui certains discours politiques misent sur la peur et la volonté de domination, où certains droits sont supprimés, où certaines populations sont méprisées et que la fermeture des frontières au nom de la protection s’amplifie, le texte de Kushner nous oblige à regarder dans le rétroviseur, à ré-interroger nos actions et à regarder d’un oeil critique les politiques mises en place depuis cette époque.  Avec beaucoup de drôlerie, Catherine Marnas met en scène le texte de Kushner en réinterrogeant les influences et en transformant la pièce en fête ou en épopée politique lorsque les situations deviennent inquiétantes . Le voyage dans le temps revisite les évènements historiques, fait référence au théâtre de Brecht en laissant planer la présence d’Arturo Ui. La mise en scène établit aussi une connexion avec le film “Cabaret”. La musique, l’univers et la position sociale des personnages de la pièce contribuent à créer un écho à l’univers artistique du film tout en rappelant les désillusions et les virages extrémistes quelles que soient les époques.

La pièce paraît parfois un peu longue, mais elle est portée par un jeu qui investit chaque moment et chaque action de la pièce .L’engagement physique total de cette jeune équipe de comédiens talentueux donne une pulsion de vie aux personnages et fait naître l’émotion. Car si la catastrophe du fascisme est prévisible, cette mise en jeu dynamique souligne aussi à travers les rires et l’envie de faire la fête, l’extraordinaire créativité et la liberté des années 30. La scénographie de Carlos Calvo, complice de longue date de la metteure en scène, fait de la scène un espace de jeu à la fois fermé et ouvert où les époques se répondent tout en faisant coexister réalisme et onirisme.La fin de la pièce laisse entrevoir les catastrophes, la fin d’un art de vivre. Le fait d’entremêler les histoires et les époques permet une ouverture : celle de créer un dialogue que l’Histoire plus lente ne permet pas. Une illusion certes, mais qui laisse peut-être une place à la réflexion et à l’espoir de trouver des perspectives plus heureuses  pour éviter les catastrophes.  

A bright room called day,

Une chambre claire nommée jour

Texte : Tony Kushner 

Mise en scène :  Catherine Marnas


Avec : Simon Delgrange , Annabelle Garcia, Tonin Palazzotto, Julie Papin, Agnès Pontier, Sophie Richelieu, Gurshad Shaheman ,Yacine Sif El Islam, Bénédicte Simon , Rosa Malek 

Durée : 2 h 10

  • Traduction  : Daniel Loayza
    Assistanat  Mise en scène : Odille Lauria, Thibaut Seyt
    Scénographie : Carlos Calvo
    Musique : Boris Kohlmayer
    Son  : Madame Miniature, assistée de  Jean-Christophe Chiron, Édith Baert
    Conseil et Préparation musicale : Eduardo Lopes
    Lumières: Michel Theuil, assisté de Clarisse Bernez-Cambot Labarta, Véronique Galindo 
  • Costumes  : Édith Traverso  assistée de : Kam Derbali
    Maquillage : Sylvie Cailler
    Confection marionnettes : Thibaut Seyt
    Construction du décor : Jérôme Verdon assisté d’ Éric Ferrer, Marc Valladon, Loïc Ferrié 

23 novembre – 5 décembre 2021, 20h30


Théâtre du Rond – Point  2 bis av. Franklin D. Roosevelt – Paris 

 Métro :  Franklin D. Roosevelt (L 1& 9) ou Champs-Élysées Clemenceau (L. 1 & 13) 

TOURNÉE

8 Décembre 2021 Nest — CDN Transfrontalier De Thionville Grand Est (57)
14 Et 15 Décembre 2021 -Comédie De Caen — CDN De Normandie (14)
4 — 6 Mai 2022 : Théâtre Olympia — CDN De Tours (37) 

Retour haut de page